MedForum 2026 à Ifrane : Les Forêts Modèles, clef de voûte d’une gestion intégrée des paysages.

Mohammed Drihem

      11ème MedForum, Assemblée générale du Réseau Méditerranéen des Forêts Modèles, a ouvert ses travaux lundi à Ifrane, érigeant les Forêts Modèles en « clef de voûte d’une gestion intégrée des paysages », selon les organisateurs.

       Réunis au Centre de Conférences de l’Université Al Akhawayn, experts internationaux, institutions et représentants des communautés locales ont planché sur une question centrale : « Quel rôle pour les Forêts Modèles dans l’amélioration de la gestion des paysages forestiers? ».

       La séance d’ouverture, marquée par des interventions de haut niveau, a dégagé trois messages clés : l’importance stratégique des écosystèmes forestiers dans le développement territorial durable ; l’engagement du Maroc, et notamment des autorités territoriales, dans les politiques de restauration des paysages forestiers ; la nécessité d’une gouvernance participative impliquant les communautés locales et d’une véritable intersectorialité.

        La première journée de cette conférence publique du MedForum – Première du Genre –  co-organisée avec une Forêt Modèle hôte : l’AFMI, Association Forêt Modèle Ifrane a déroulé deux sessions consacrées aux expériences institutionnelles et internationales. La première a entendu le Réseau International des Forêts Modèles du Canada, le Réseau Méditerranéen porté par la Toscane en Italie, l’AFMI pour le Maroc, la Direction du Parc National d’Ifrane, l’ANEF au niveau provincial, la FAO sur la restauration des paysages forestiers, et l’UICN Méditerranée. Quant à la seconde session ; elle a donné la parole au Réseau asiatique des Forêts Modèles avec la Thaïlande, au Réseau latino-américain, à l’ENFI – École Nationale Forestière d’Ingénieurs, au projet européen LIFE GOPROFORMED, aux associations locales Sahb Laghnem et Ait Hcine, ainsi qu’aux représentants des populations locales.

      Une pause vidéo a illustré les échanges par des séquences sur les expériences italiennes et marocaines de restauration dans les Forêts Modèles, soulignant les initiatives locales, les impacts sur les écosystèmes et l’implication des populations.

       La synthèse par continent a mis en lumière des spécificités complémentaires :Ainsi ; en Europe/Méditerranée, l’approche est fortement structurée et normative, avec protocoles, indicateurs et projets LIFE, et développe des modèles techniques de gestion forestière proche de la nature. Enseignements : importance de standardiser méthodes et indicateurs ; nécessité d’une gestion intégrée multi-objectifs – production, biodiversité, risques.

      En Amérique latine, l’accent est mis sur la gouvernance inclusive et l’empowerment territorial, avec une forte capacité d’adaptation du modèle dans le temps. Enseignements : la réussite dépend de la participation active et organisée des acteurs locaux ; importance de la transparence, du leadership et de la gestion adaptative.

      En Asie, l’approche lie résultats économiques et restauration écologique, connectant revenus et couverture forestière. Elle intègre fortement l’innovation en matière de finance, technologie et inclusion femmes/jeunes. Enseignements : la durabilité passe par le lien direct entre écologie et revenus locaux ; importance d’intégrer innovation, inclusion sociale et solutions climatiques.

      Et en Afrique – Maroc, expérience de l’AFMI avec hybridation entre savoirs traditionnels  (Agdal, APAC)  et approches scientifiques qui s’appuie sur une approche communautaire territoriale forte. Enseignements : les solutions locales sont plus efficaces quand elles sont co-construites ; la restauration doit intégrer les dimensions sociales, culturelles et économiques.

      Au niveau international (IMFN/FAO/UICN/PNUD-GEF), les Forêts Modèles apparaissent comme des plateformes multi-acteurs, des « living labs » qui font le pont entre politiques globales et actions locales. Enseignements : nécessité de relier politiques, territoires et acteurs ; les Forêts Modèles sont des outils pour tester, adapter et diffuser les solutions ; l’implication de la population est la clé de réussite.

       Au niveau institutionnel marocain, les intervenants ont relevé la forte implication des institutions locales, provinciales, régionales et nationales, et la prise en compte croissante de l’expérience Forêt Modèle dans les politiques sectorielles et territoriales. D’où, ont-ils noté, la nécessité d’institutionnaliser et de généraliser l’approche.

      Dans une déclaration au journal, Elisabeth Agravano, vice-secrétaire du Réseau Méditerranéen des Forêts Modèles, a souligné : « C’est un grand plaisir de faire venir ici toutes les forêts modèles du Réseau Méditerranéen. Pour nous, c’est un grand plaisir d’être dans la forêt modèle d’Ifrane et de partager nos expériences et toutes les expériences des forêts modèles du Réseau. Nos attentes, c’est de partager l’expérience l’une des autres et aussi l’expérience des autres réseaux. Parce qu’on a invité aussi les réseaux de l’Amérique latine, de l’Asie et même des Canadiens pour partager notre problème et les défis qu’on a et comment faire pour résoudre ces problèmes qui sont communs à tout le monde. Mais on a des stratégies à mettre en place et faire des communautés et surtout pour développer le partenariat des communautés locales pour travailler tous ensemble pour résoudre notre défi et notre problème. »

       Pour le Pr Abdelkrim Marzouk, président de l’AFMI : « Aujourd’hui, on organise la 11ème édition du Forum Méditerranée. Ce forum, principalement, c’est le partage d’expériences de toutes les associations autour de la Méditerranée, mais aussi des associations qui opèrent au niveau de l’Asie et aussi de l’Amérique du Nord. Chaque association est intégrée dans un réseau. On a le réseau du Méditerranée, mais il y a aussi le réseau international et les réseaux régionaux. Donc, au niveau de l’AFMI IFRANE, on s’imprègne un petit peu de tout ce qui se passe au niveau de l’Asie, au niveau aussi de la Méditerranée. C’est un forum, comme tous les forums, de partage, d’expérience, échange, et aussi pour le partage avec la population locale, qui est très importante, et aussi les associations marocaines qui opèrent dans le domaine de l’environnement.

      Pour les points forts de cet évènement a-t-il précisé ;  ce sont les messages forts comprenant tout ce qui est de la stratégie de la protection de l’environnement, les techniques pour les protéger, et aussi tout ce qui est la concertation au niveau de comment monter les projets.

        De son coté, Zouheir Amhaouch Chef du département des parcs nationaux et des aires protégées de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF)  rappelle que « l’expérience des forêts modèles est une expérience qui a été initiée par l’ANEF il y a une quinzaine d’années au niveau d’Ifrane. Cette initiation était importante parce que l’ANEF aussi travaillait sur la création du parc national d’Ifrane, la mise en réseau des acteurs. Donc l’AFMI dans ce cadre-là, elle a permis de pérenniser cette approche de fédération des acteurs, de leur mise en réseau, de leur discussion et d’avoir un dialogue continu autour de ces questions. Aujourd’hui nous pouvons dire que cette expérience permet d’avoir un modèle au niveau national qui peut être externalisé sur d’autres zones, mis à l’échelle. Aujourd’hui on parle de proposition d’une nouvelle forêt modèle dans la région de Midelt qui peut intégrer le parc national du Haut Atlas Oriental qui serait d’un grand appui pour ce parc aussi, pour fédérer les acteurs et les accompagner autour de la démarche de conservation et d’utilisation durable de ces ressources naturelles. »

       Pour les participants, la première matinée du MedForum 2026 a démontré que les Forêts Modèles constituent un outil central pour la gestion durable des paysages, reposant sur une gouvernance participative, une approche territoriale intégrée et une coopération internationale active.

       Si chaque continent apporte une spécificité – technique, sociale, économique ou institutionnelle –, tous convergent vers une même leçon : la gestion durable des paysages repose sur des approches intégrées, participatives, inclusives et territorialisées

      Parmi les enseignements tirés figurent : les Forêts Modèles comme cadre innovant de gouvernance territoriale intégrée ; l’importance de la restauration des paysages forestiers comme levier de résilience climatique ; la nécessité de renforcer la coordination interinstitutionnelle, l’intégration des politiques publiques et les mécanismes de financement durable ; le rôle croissant des réseaux internationaux dans le partage de connaissances et de bonnes pratiques. Elles apparaissent aujourd’hui comme un levier stratégique pour répondre aux défis environnementaux, climatiques et socio-économiques des territoires forestiers