Agoudal, 3 mai 2026 – Sous le thème « La recherche et l’innovation comme leviers du marketing territorial et du développement intégré, durable et résilient du Parc National du Haut Atlas Oriental », les Journées Scientifiques de Recherche et Développement (R&D) ont réuni les 1er et 2 mai 2026 au siège de l’Association Akhiam à Agoudal, Imilchil, l’élite académique et institutionnelle du pays autour d’un objectif commun : faire du PNHAO un espace de référence en matière d’innovation territoriale en milieu de montagne.
Organisé en partenariat avec le NED et en collaboration avec la Direction du Parc National du Haut Atlas Oriental, l’événement a rassemblé un plateau exceptionnel : Institut Scientifique de Rabat, Faculté des Sciences et Techniques d’Errachidia, Facultés des Sciences de Rabat et de Kénitra, Facultés Polydisciplinaires d’Errachidia et de Béni Mellal, École Nationale Forestière d’Ingénieurs (ENFI), ENSAM de Meknès, Université Ibn Tofail, ainsi que le directeur de l’ENFI, des enseignants-chercheurs de toutes disciplines, une trentaine d’étudiants-chercheurs de la région, des représentants des collectivités territoriales, des acteurs de la société civile et Mme Hayat Oumenjouj, parlementaire.
« Ces Journées d’étude s’inscrivent dans une démarche participative visant à impliquer l’Université dans la recherche et le développement », a déclaré M. Hssain Ouazi, Président de l’Association Akhiam pour le Développement Socio-économique d’Imilchil. « Notre objectif est de croiser les points de vue des scientifiques et des universitaires sur les problématiques de la région, notamment tout ce qui concerne l’environnement, la durabilité environnementale, la biodiversité, ainsi que la gestion des risques dans la zone. »
Le président d’Akhiam a insisté sur la double finalité : « À cela s’ajoutent les produits locaux, afin de créer des activités génératrices de revenus pour la population et de réduire la pression sur la nature, tout en valorisant et en préservant le patrimoine immatériel. »
Pour M. Abdelaziz, Directeur du Parc National du Haut Atlas Oriental, « L’intervention de la Direction de PNHAO a porté sur la valorisation de cette aire protégée comme un territoire de la recherche scientifique et de la conservation où nous avons mis l’accent sur les potentialités, menaces et enjeux et sur l’usage de ce territoire comme un laboratoire vivant liant la conservation et la recherche et innovation. ». « Il a été largement discuté les axes de recherche que nous pouvons développer en partenariat avec l’association et les chercheurs tout en intégrant les étudiantes et étudiants de la région », a-t-il ajouté.
Présente au Ksar Agoudal, Mme Hayat Oumenjouj, parlementaire, a replacé ces travaux dans le champ de l’action publique. « Le véritable enjeu aujourd’hui ne réside plus uniquement dans le diagnostic des contraintes, mais dans la capacité à transformer le savoir scientifique en politiques publiques territoriales efficaces et opérationnelles », a-t-elle affirmé. Pour la députée, le rôle des élus locaux doit évoluer : « Les collectivités territoriales ne sont plus de simples acteurs traditionnels fonctionnant selon une logique de gestion des déficits, mais elles sont désormais appelées à jouer un rôle stratégique dans l’ingénierie de la durabilité, via une planification territoriale intégrée qui tient compte des spécificités environnementales et spatiales, notamment dans les zones montagneuses qui souffrent d’une vulnérabilité naturelle et structurelle. » Elle a également insisté sur le potentiel de l’écotourisme en précisant que : « Le tourisme écologique représente une véritable opportunité pour réaliser un développement économique et social équilibré, à condition de l’encadrer par des politiques publiques qui protègent les ressources naturelles et garantissent que la population locale en bénéficie directement, à travers la valorisation des produits du terroir et le soutien à l’économie solidaire. »
La première journée a été dédiée aux apports scientifiques structurants. En effet ; après la présentation de l’expérience associative locale portée par Akhiam, la Direction du PNHAO a exposé le parc comme « un véritable laboratoire naturel, caractérisé par une grande diversité floristique, faunistique et géologique, ainsi que par des enjeux de conservation liés aux pressions anthropiques et aux changements climatiques ». Les séances plénières ont porté sur « la conservation de la biodiversité et risques naturels en plus de l’économie, digitalisation et IA et de la gouvernance territoriale », a précisé le Directeur du PNHAO.
La deuxième journée a basculé en mode co-construction participative avec six ateliers thématiques fondés sur l’analyse SWOT : Patrimoine géologique et valorisation avec le géopatrimoine comme levier de développement durable, la Convergence entre chercheurs, gestionnaires et acteurs locaux pour « mieux connaître, protéger et valoriser les ressources géologiques », la Biodiversité et systèmes agro-sylvo-pastoraux pour une Vision intégrée conciliant conservation et valorisation durable des ressources naturelles, l’Économie sociale et solidaire comme levier de développement inclusif, Focus sur coopératives, certification, e-commerce et financement, le Patrimoine culturel matériel et immatériel pour la Préservation et la transmission des savoirs traditionnels comme vecteur de développement, la Gouvernance territoriale et Rôle central des acteurs locaux et des collectivités dans une gouvernance participative et coordonnée et enfin ; l’IA et les nouvelles technologies avec la digitalisation comme outil de territoire intelligent assurant traçabilité, certification digitale et réduction de la fracture numérique rurale.
Moment fort de ces journées : Le lancement du « Réseau conservation et suivi scientifique du PNHAO », regroupant scientifiques, OSC de R&D, collectivités territoriales et la Direction du PN, porteuse de l’initiative. « Il constituera une plateforme d’échange et de partage de connaissances, et une instance scientifique à caractère consultatif au profit de la recherche scientifique dans ce territoire », a annoncé M. Abdelaziz.
Les travaux ont abouti à des recommandations structurées. M. Hssain Ouazi résume : « Œuvrer à sauver ce qui peut l’être du patrimoine immatériel, préserver la richesse naturelle et végétale de la région, et mettre en place des stratégies de conservation et de lutte contre les inondations. Il faut aussi définir un ensemble de sujets de recherche couvrant toutes les problématiques évoquées. »Parmi les mesures clés : renforcer les infrastructures numériques, développer des solutions de territoire intelligent, mettre en place des plateformes de concertation multi-acteurs, renforcer le rôle des collectivités, promouvoir la certification des produits du terroir, et surtout « encourager les étudiants locaux, les enfants de la région, à orienter leurs recherches de master et de doctorat vers des sujets qui concernent directement leur territoire ».« Car nous souffrons d’un grand manque d’études et de références scientifiques sur lesquelles nous pourrions nous appuyer, que ce soit pour monter des projets de développement ou pour des travaux scientifiques », a alerté le président d’Akhiam.
Rejoignant ce constat, Mme Hayat Oumenjouj a conclu sa Déclaration par un appel clair : « Le plus grand défi réside dans la réalisation de la convergence entre la recherche scientifique et la prise de décision territoriale, car il n’est pas possible de construire des politiques efficaces sans s’appuyer sur des données scientifiques précises, tout comme le savoir académique ne peut porter ses fruits sans son intégration dans l’action publique. »Elle a plaidé pour « l’institutionnalisation du partenariat entre les universités et les collectivités territoriales, et l’adoption d’approches participatives dans l’élaboration des programmes de développement, avec la nécessité de prendre en compte le coût de la géographie montagneuse dans la répartition des ressources et des financements, afin de garantir l’équité territoriale et la durabilité des projets. »
Conclusion : Le PNHAO, territoire pilote de l’innovation en montagne« L’ensemble des ateliers s’est caractérisé par une forte qualité des échanges, une production scientifique et technique riche et une dynamique de co-construction », concluent les organisateurs. « Ces orientations contribuent à positionner le territoire du Parc National du Haut Atlas Oriental comme un espace de référence en matière d’innovation territoriale et de développement durable en milieu de montagne. »Les Journées scientifiques R&D d’Agoudal ont réussi à « articuler de manière cohérente les apports scientifiques et les dynamiques participatives », prouvant que la convergence des savoirs, l’interdisciplinarité et l’innovation sont les seules réponses aux défis complexes des territoires de montagne. La rencontre s’est clôturée par une visite de projets portés par l’Association Akhiam, « qui peuvent servir de point de départ à de futures recherches, études et projets ».