Ifrane, 6 mai 2026 – La Galerie d’art Zéphyr, relevant de la Fondation Mohammed VI de Promotion des Œuvres Sociales de l’Éducation-Formation, a donné le coup d’envoi de sa saison culturelle 2026 avec le vernissage de l’exposition « Nœud, couleur et esprit » de l’artiste peintre, poète, designer et enseignant Houcine Htoutou, originaire de Khénifra.
Visible jusqu’au 30 juin 2026, cette exposition individuelle place le tapis amazigh au cœur du propos artistique et érige le métier à tisser en tribune poétique.
Le tapis comme langage, le nœud comme vers
Professeur d’arts plastiques et défenseur passionné du patrimoine amazigh, Houcine Htoutou a fait du tapis son langage premier. Loin de le cantonner à sa fonction utilitaire, il l’élève au rang d’œuvre d’art totale. Ses créations, qu’elles soient ancrées dans la tradition ou résolument contemporaines, entremêlent symboles ancestraux zayanes et palettes chromatiques du Moyen Atlas.
« Chaque nœud devient vers, chaque couleur un mot, chaque tapis un poème tissé », résume l’artiste. Lauréat d’un prix national de poésie, Htoutou prolonge d’ailleurs son geste sur la toile. Peinture et tissage dialoguent : tous deux interrogent la mémoire, le territoire et l’identité. Une démarche qui transcende les usages pour proposer une lecture contemporaine d’un artisanat millénaire.
Première exposition 2026 : l’amazighité à l’honneur à Ifrane
Pour Radouane Mouraï, Chef de service animation culturelle et artistique au sein de la Fondation Mohammed VI pour l’Éducation et la Formation, le choix est symbolique : « Aujourd’hui nous sommes au vernissage de l’exposition artistique de l’artiste Houcine Htoutou. C’est une exposition dédiée au tapis amazigh, la première pour 2026 à la Galerie Zéphyr de la Ville d’Ifrane. Elle perpétue notre tradition de faire quelques expositions thématiques à fort contenu culturel au niveau régional. »« Il s’agit là d’une définition et d’une lecture spéciale de l’artiste, qui est aussi poète et peintre. Il revient sur son enfance et sur la nostalgie de sa région natale, Khénifra », précise M. Mouraï au Journal.
« Une nouvelle école du tapis » : entre Taznakht, Marmoucha et Zayane
Revendiquant « une nouvelle école dans le domaine du tapis », Houcine Htoutou veut porter l’identité marocaine à l’international : « J’essaie, à travers ces expositions que j’organise au Maroc et à l’étranger, de faire parvenir l’identité et les traditions marocaines au monde via le tissage du tapis. »« Il est vrai que le tapis marocain existe à l’échelle nationale et mondiale, notamment par sa qualité. On parle du tapis de Taznakht, du tapis de Marmoucha, du tapis Zayane sur lequel j’ai essayé de travailler », explique-t-il dans sa déclaration au Journal. « Je vous présente quelques tapis sur le métier : chaque pièce a son propre tableau, porte son propre nom, inspiré du passé. »
Khénifra dans chaque fibre : soleil, coquelicots et mémoire
Né dans le Moyen Atlas, Htoutou puise dans la terre de Khénifra : « Avec ses couleurs, son soleil, ses paysages, ses fleurs de coquelicot… c’était une nature très belle qui m’a influencé depuis mon enfance. C’est elle qui m’a donné cet élan de couleurs et de formes. » Cette empreinte du territoire se lit dans ses œuvres, mais ne se fait pas seul. L’artiste rend hommage à Mbarka, « tisseuse habile » avec qui il collabore : « J’aurais aimé qu’elle soit présente, mais pour des raisons de santé elle s’est excusée. Je veux la mettre en valeur car c’est une artisane traditionnelle très habile. »
L’héritage familial : de la mère à l’amezday
Interrogé par le Journal sur la place du tapis zayane dans son travail, Htoutou répond sans hésiter : « Oui, oui, oui. C’est à travers ma mère qui tissait le tapis. Tous les tapis de la maison, c’est elle qui les a faits, c’est elle qui les a tissés. »« En plus, j’ai grandi dans l’un des ateliers de mon grand-père qui était amezday, un tisserand. C’est lui qui travaillait pour toute la tribu, il avait l’atelier de tapis. Donc naturellement, j’ai été influencé par le tapis zayane et par l’artisan qui le tissait. J’ai appris de lui et j’ai ajouté ma touche créative et artistique à cet univers. J’espère que cela plaira à tout le monde. »
Un parcours entre tradition et création contemporaine
Avec un parcours jalonné d’expositions au Maroc et à l’international, Houcine Htoutou incarne cette génération d’artistes qui refuse d’opposer patrimoine et modernité. En nouant la laine, il noue aussi le dialogue entre les générations, entre le geste de l’amezday et celui du designer, entre le poème écrit et le poème tissé.