IFRANE, 17/06/2026 – À Ifrane, « capitale écologique » et destination touristique phare du Moyen Atlas, la scène culturelle des jeunes reste encore un chantier. Lancé il y a plus de 10 ans, le complexe culturel n’a jamais ouvert ses portes. Si les études techniques pour sa remise à niveau et son achèvement viennent d’être réactivées, la jeunesse locale refuse de se contenter de promesses. Son message au Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication est direct : accélérez la livraison, l’attente a assez duré.
Les avis d’appel d’offres publiés récemment visent « les études techniques et le suivi des travaux de réfection, d’achèvement du complexe culturel d’Ifrane, incluant la salle de théâtre et les abords ». Autrement dit, il ne s’agit plus de bâtir mais de sauver un projet enlisé. Blocages techniques, contraintes budgétaires, arrêts successifs : le chantier a perdu une décennie. La reprise en 2025-2026 est encourageante, mais sans date butoir ni planning officiel, elle ressemble davantage à une mise à jour qu’à un engagement ferme.
Au-delà du bâtiment, c’est l’avenir culturel du Moyen Atlas qui est en jeu. Le complexe devait offrir :Une salle de théâtre pour les festivals, troupes locales et concerts, des galeries d’exposition pour les artistes plasticiens de la région, des studios de répétition pour le théâtre amazigh, les groupes de musique et de hip-hop, une bibliothèque en plus des espaces associatifs pour la formation, la création et le débat d’idées
Or aujourd’hui, Ifrane enchaîne les événements : Festival des Cultures Amazighes, Caravane de l’Art, rencontres cinématographiques… Tous se tiennent sous tentes, dans des salles municipales prêtées ou en plein air. Faute d’infrastructure fixe, une ville universitaire et touristique de rang international continue de bricoler ses scènes.
Conséquence directe ; les jeunes créateurs d’Ifrane-Azrou répètent dans des locaux exigus, montent leurs projets dans des garages et partent jouer à Fès ou Meknès faute de scène locale. Sans lieu d’exposition, ils restent invisibles. Sans bibliothèque, ils manquent d’outils. Sans espace dédié, ils s’exilent culturellement. Dans ce contexte, comment parler d’ »économie créative » ou de « développement humain » si les porteurs de projets ne disposent même pas d’un lieu pour créer chez eux? Comment faire d’Ifrane une destination culturelle à l’année sans l’équipement central qui lui manque?
Le Ministère a déjà mobilisé des crédits et a relancé les études techniques. C’est un premier pas. Mais les jeunes attendent des actes forts : Un calendrier d’achèvement public avec engagement ferme de livraison, des crédits complémentaires si besoin, pour éviter un nouvel arrêt, une ouverture progressive : livrer par tranches, même partielle, plutôt que de perdre une saison culturelle supplémentaire, Associer les jeunes et les collectifs culturels à la gestion future du complexe. L’argument du coût ne tient plus. 10 ans de chantier à l’arrêt, c’est plus coûteux qu’un achèvement accéléré. Chaque mois de retard pèse sur les budgets et surtout sur une génération entière.
Le message est simple et unanime : les jeunes d’Ifrane ne demandent pas un équipement de luxe. Ils réclament une salle, une bibliothèque, un lieu pour apprendre, créer et se retrouver. Le complexe culturel n’est pas un caprice. C’est une dette due à la jeunesse de la ville. Les études sont lancées, la ville est mobilisée, les jeunes sont prêts. Il ne reste qu’une chose à actionner : la volonté politique pour inaugurer. Après 10 ans d’attente, Ifrane a le droit d’ouvrir enfin son complexe culturel. Et elle le réclame maintenant.