Drâa-Tafilalet peut produire 739 MW sur ses toitures : IMAL et l’AMCDD lancent la bataille de l’autoproduction solaire

Mohammed Drihem

      ERRACHIDIA, 15/06/2026 – Par Mohammed Drihem – La région de Drâa-Tafilalet n’est pas qu’un territoire de grands parcs solaires. Selon une étude présentée ce 15 juin dans un grand palace d’Errachidia, elle pourrait produire 739 MW d’électricité solaire d’ici 2035 uniquement grâce aux toitures. De quoi créer plus de 1.100 emplois locaux. C’est le message central de la rencontre organisée par l’Initiative IMAL et l’Alliance Marocaine pour le Climat et le Développement Durable (AMCDD), d’après le communiqué de presse diffusé à l’issue de l’événement.

      Première étape d’une tournée nationale qui touchera les 12 régions, ce rendez-vous a réuni élus, experts et acteurs du secteur pour débattre d’un sujet tabou : rendre l’énergie aux citoyens.

Drâa-Tafilalet, « cœur battant » mais victime du paradoxe climatique

      La rencontre s’est ouverte sur une contradiction forte, martelée par Mustapha Mahni, Coordinateur régional de l’AMCDD dans sa déclaration : Drâa-Tafilalet est « le cœur battant de la transition énergétique » du Maroc. Noor à Ouarzazate, Midelt, les parcs éoliens… La région alimente le pays en énergie propre et contribue massivement à la neutralité carbone nationale. Mais elle est aussi « celle qui paie la facture la plus lourd » du dérèglement climatique. Sécheresses récurrentes, nappes qui s’épuisent, oasis en danger.

      D’où le cri d’alarme de Mahni : « Au nom de la justice spatiale et climatique, nous exigeons que les efforts et les sacrifices de la région soient récompensés par des politiques publiques adaptées ». Pour l’AMCDD, la transition ne sera juste que si les populations locales en deviennent « acteurs et bénéficiaires directs ».

      Le point d’orgue de la journée : la présentation de l’étude d’IMAL sur le potentiel des toitures pour l’autoproduction. Selon les experts Rachid Ennassiri et Anas Hmimad, la région de Drâa-Tafilalet a la capacité technique d’installer 739 MW de solaire photovoltaïque sur les toitures d’ici 2035.

Trois chiffres qui font mouche :

  • 739 MW soit l’équivalent de la consommation de plusieurs villes moyennes de la région.
  • Plus de 1100 emplois pour l’installation, la maintenance et la formation soit une manne pour les jeunes de la région.
  • 739 millions de dollars de dynamique économique générée localement.

      M. Iskander Erzini Vernoit, Directeur exécutif d’IMAL, a rappelé le contexte précisant que «  le Maroc importe encore plus de 90% de ses combustibles fossiles. L’autoproduction via la Loi 82-21 devient donc un levier de souveraineté énergétique pour les citoyens, les coopératives et les PME.

       Les experts ont détaillé cette loi, la positionnant comme « fondamentale » pour décentraliser la production et baisser les factures.

       Le message est clair : la transition ne réussira pas « uniquement grâce aux mégaprojets ». Elle réussira « lorsque chaque maison, chaque exploitation agricole, chaque coopérative et chaque commune » deviendra centrale de production.

       L’événement a mis l’accent sur la démocratisation de l’énergie. L’AMCDD plaide pour une simplification des procédures d’autoproduction et une intégration de cet enjeu dans les plans de développement régionaux. IMAL apporte l’argument scientifique pour convaincre.

       La forte participation et les échanges avec la salle montrent que le sujet touche : artisans, agriculteurs, élus… tous veulent comprendre comment passer de consommateur à producteur. Conclusion : Errachidia donne le ton, les 11 autres régions suivent. Ce forum d’Errachidia est la première pierre d’une tournée nationale IMAL-AMCDD. L’objectif est de prouver que chaque région a son potentiel solaire à exploiter sur ses toits.

      Pour Drâa-Tafilalet, l’enjeu dépasse l’énergie. Il s’agit de réparer une injustice : celle d’une région qui donne son soleil au pays sans toujours en récolter les fruits. Comme l’a conclu Mustapha Mahni : « Les solutions existent et les opportunités sont immenses ». Reste aux pouvoirs publics à transformer ces 739 MW de potentiel en 739 MW de justice climatique.