La Ville de Midelt abrite une rencontre régionalepour l’élaboration de la Stratégie Nationalede la Biodiversité à l’horizon 2035

Mohammed Drihem

        La société civile et les institutions réaffirment leur engagement pour une gestion territoriale intégrée de la biodiversité

        Midelt, 07 juillet 2026 – Sous le thème « La biodiversité au cœur des territoires vivants : Concertation régionale pour la construction de la Stratégie Nationale de la Biodiversité », la ville de Midelt a accueilli mardi 07 juillet 2026 une rencontre régionale stratégique organisée à l’initiative du Réseau des Associations de la Réserve de Biosphère du Cèdre de l’Atlas – ATLAS-CEDRUS.

        Cette rencontre, qui a réuni les président(e)s et représentant(e)s des organisations de la société civile actives dans les domaines de l’environnement, de la protection de la biodiversité et du développement durable de la région du Drâa-Tafilalet, s’inscrit dans la dynamique nationale de mise en œuvre de la Stratégie Nationale de la Biodiversité et son Plan d’Action 2035.

Approche participative pour ancrer la stratégie au niveau local

       Dans son mot d’ouverture, les organisateurs ont souligné le rôle « prépondérant et central » de la société civile dans la protection de l’environnement. L’objectif de cette consultation territoriale est de faire remonter les priorités locales et les expériences de terrain pour enrichir la stratégie nationale, en adoptant une approche participative qui associe tous les acteurs.

Drâa-Tafilalet : Une région « point chaud » aux écosystèmes fragiles

        Prenant la parole pour le compte de la Direction Régionale du Ministère de la Transition Énergétique et du Développement Durable, un représentant a dressé un état des lieux de la biodiversité dans la région de Drâa-Tafilalet. Il a rappelé que le Maroc, situé dans le bassin méditerranéen, est un « point chaud » mondial de la biodiversité avec 9 millions d’ha de forêts, 25.597 espèces animales et 6.694 espèces végétales.

       Selon lui ; la région de Drâa-Tafilalet se distingue par sa richesse et sa diversité : oasis, montagnes, forêts et zones humides. Elle représente à elle seule 46% des oasis nationales et abrite la Réserve de Biosphère des Oasis du Sud Marocain. La région compte également 2 parcs nationaux, 12 Sites d’Intérêt Biologique et Écologique et 6 sites Ramsar. Sa biodiversité agricole est également remarquable avec des produits de terroir comme les dattes, le safran, la rose et les amandes.

         L’intervenant a toutefois alerté sur les pressions multiples qui menacent ce patrimoine : changements climatiques, sécheresse, surpâturage, déforestation et urbanisation. Selon les rapports, 22% de la biodiversité nationale est menacée de disparition. Il a insisté sur le fait que la nouvelle stratégie vise à faire de la biodiversité « un levier de développement socio-économique » à travers 6 axes et 25 objectifs nationaux.

Parc National du Haut Atlas Oriental : Modèle de gestion intégrée

       De son côté, M. Abdelaziz Elmouadene, Directeur du Parc National du Haut Atlas Oriental, a présenté l’expérience du parc créé en 2004 dans la province de Midelt. Couvrant 6 communes dont Anemzi, Imilchil et Itzer, le parc a pour missions la protection du mouflon à manchettes, la gestion du territoire et la promotion du développement local.

       Le directeur a mis en avant la valeur exceptionnelle du site : intégré à la Réserve de Biosphère du Cèdre de l’Atlas et jouxtant la Réserve des Oasis, le parc abrite les lacs Isli et Tislit, classés sites Ramsar d’importance internationale. Le lac Isli, qui dépasse 90m de profondeur, abrite le poisson endémique Apriculus isliensis.

        Selon Abdelaziz ; le parc est aussi classé « Zone Clé pour la Biodiversité » par l’UICN et intégré au futur Géoparc Jbel Ayachi-Imilchil. Sur le plan biologique, le parc recèle plus de 230 espèces végétales et 159 espèces d’oiseaux, ainsi que des mammifères emblématiques.

       Face aux défis que sont la sécheresse, le braconnage et la pauvreté locale, M. Elmouadene a détaillé le plan d’action : un plan d’aménagement décennal, un inventaire de la biodiversité avec des éco-gardes, le soutien à la recherche scientifique via une convention avec la FST d’Errachidia, et surtout le développement de l’écotourisme comme « solution basée sur la nature » pour générer des revenus alternatifs.

      Au terme des interventions institutionnelles et après l’exposé de l’expert Pr El Hassan Abba sur « la biodiversité de la réserve de biodiversité du cèdre de l’Atlas ; un patrimoine naturel d’exception entre biodiversité, résilience  écologique et développement durable « ; trois exemples de projet de préservation de la biodiversité réussis dans la Région notamment à Jbel Ayachi avec la réussite de plantation du cedre de l’Atlas sur plusieurs hectares de la zones, le projet de développement durable réussi par Akhayam à Imilchil et  celui concernant « le rôle des organisations professionnelles dans la promotion de la biodiversité et la contribution à la lutte contre l’érosion des sols » présenté par Ait Ider de l’Association des coopératives des plantes aromatiques et médicinales (ASCOPAM).

Des recommandations fortes pour la Stratégie 2035

      Des discussions de concertation ont suivi et ont permis aux participants de partager leurs diagnostics et de formuler des recommandations pratiques. Il ressort des débats la nécessité de : Renforcer l’intégration de la biodiversité dans les politiques sectorielles et les programmes de développement locaux, Mobiliser davantage de financements et valoriser les initiatives locales, Appuyer la recherche scientifique et la formation du tissu associatif et Promouvoir l’écotourisme solidaire impliquant directement les populations entre autres recommandations.

         En clôture, les organisateurs ont salué « le succès de cette étape régionale » – la seconde après celle organisée à Azrou la semaine dernière – et la qualité des contributions. Ils ont affirmé que la convergence entre les politiques publiques et les initiatives territoriales est la clé pour réussir la transition vers un modèle où la biodiversité devient un moteur de développement durable.

       Cette rencontre de Midelt constitue ainsi une étape majeure dans le processus national de co-construction de la Stratégie de la Biodiversité 2035, plaçant les territoires et leurs acteurs au cœur de l’action

       A noter enfin qu’un troisième atelier similaire et prévu pour le Jeudi 09 Juillet 2026 prochain dans la ville de Khénifra au sein du parc national de cette dernière.