Rome capitale de la diplomatie de l’eau : L’UpM réunit ses 43 États pour sauver la Méditerranée de la soif

Mohammed Drihem

      C’est l’un des rendez-vous diplomatiques les plus critiques de l’année pour le pourtour méditerranéen. Ce Lundi 28 septembre 2026, Rome accueille la 2ème Réunion ministérielle de l’Union pour la Méditerranée (UpM) sur l’eau.

      Dans un contexte de stress hydrique extrême, les 43 États membres – les 27 pays de l’Union européenne et 16 pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée dont le Maroc – vont tenter de s’accorder sur une réponse commune à une crise qui redéfinit déjà les priorités politiques, agricoles et sécuritaires de la région.

      La réunion se tiendra en format hybride – à Rome et en ligne – en amont du grand Forum euro-méditerranéen de l’eau (OneWater EuroMed Forum) prévu du 29 septembre au 2 octobre au Palais des Congrès La Nuvola, qui doit réunir plus de 5.000 participants.

La Méditerranée, zone rouge mondiale

      Le constat est alarmant. La Méditerranée se réchauffe 20% plus vite que la moyenne mondiale. Les sécheresses qui frappaient autrefois une fois par génération surviennent désormais presque chaque année. Sur les rives Sud et Est, des millions de personnes n’ont plus accès à une eau durable. C’est pour répondre à cette urgence que l’UpM avait franchi une étape historique le 19 mars dernier à Barcelone, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau avec l’adoption par ses 43 membres de trois stratégies régionales majeures à l’horizon 2030, qualifiée par l’organisation de « progression la plus significative dans la gouvernance de l’eau depuis la première réunion ministérielle de 2017 à Malte ».

      Ces trois documents, qui seront formellement approuvés à Rome, sont concernent la stratégie WEFE sur l’interdépendance Eau-Énergie-Alimentation-Écosystèmes, élaborée avec le PNUE, le GWP-Med et PRIMA, qui prône une gestion intégrée « de la source à la mer », la stratégie Financement, qui propose une feuille de route avec 47 actions concrètes pour garantir la viabilité des services d’eau tout en protégeant les ménages à faibles revenus et la stratégie Numérique, qui mise sur la transformation digitale du secteur pour réduire les pertes.

      Le Maroc, l’Égypte, la Jordanie et le Liban sont cités par l’UpM comme les premiers pays à avoir déjà intégré ces approches dans leurs politiques nationales.

Le moment Rome : Deux décisions attendues

      Au-delà de l’approbation de ces cadres, Rome doit marquer un saut politique avec deux annonces : L’adoption de la 2ème Déclaration ministérielle de l’UpM sur l’eau en Méditerranée, qui fixera les engagements politiques communs.et le lancement de l’Initiative de Rome sur l’eau. C’est le bras opérationnel et financier de la Déclaration. L’objectif est de mobiliser les investissements et les capacités techniques des bailleurs internationaux (BEI, BERD, UE) en faveur de systèmes d’eau durables.

      Dans une région où l’agriculture consomme 70% de l’eau douce, l’Initiative devrait cibler le dessalement durable, la réutilisation des eaux usées et l’efficience agricole. Comme l’a rappelé Nasser Kamel, Secrétaire général de l’UpM : « L’eau n’est pas une question sectorielle. Elle est le fondement de la vie, du développement et de la paix ».

Un programme sous haute sécurité diplomatique

      Le ton sera donné par quatre personnalités :Antonio Tajani, Vice-Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de l’Italie, pays hôte, Jessika Roswall, Commissaire européenne à l’Environnement, à la Résilience hydrique et à l’Économie circulaire, Raed Abu Soud, ministre de l’Eau et de l’Irrigation de Jordanie, co-présidence sud de l’UpM et Fadi Hajali, Secrétaire général par intérim de l’UpM. S’en suivra une longue session de travail à huis clos non diffusée. C’est là que se joueront les dossiers les plus sensibles : la gestion des eaux transfrontalières et le partage des données sur les sécheresses.

      La séquence publique reviendra par la suite pour l’adoption solennelle de la Déclaration et le lancement de l’Initiative de Rome, avec interprétation simultanée en arabe, anglais, français et italien.

      Pour le Maroc, dont la stratégie nationale de l’eau 2020-2050 mise sur le dessalement et l’interconnexion des bassins, le rendez-vous de Rome est une opportunité directe de capter une partie des financements euro-méditerranéens et de faire valoir son expérience dans la gestion de la rareté..