La société civile saisit dix institutions pour stopper une vente aux enchères à 540.000 DH et exige un audit sur 2,6 millions de DH de loyers disparus
Mohammed Drihem
C’est une liquidation qui sent le scandale de gestion publique. Le 7 octobre prochain, l’unité industrielle de trituration d’olives du Groupement d’Intérêt Économique « Oulia Jabaliya », située à Bni Walid, dans la province de Taounate, sera mise aux enchères publiques pour la somme dérisoire de 540.000 dirhams.
L’information a été révélée par la Commission de soutien aux sinistrés des inondations de la province de Taounate, qui a lancé un appel urgent à dix hauts responsables, dont le ministre de l’Intérieur, le ministre de l’Agriculture, le président du Conseil Régional des Comptes, la présidente de l’Instance Nationale de la Probité et le Directeur Général du Crédit Agricole, pour faire stopper ce qu’elle qualifie de « crime économique ».
Un joyau financé par le MCC américain
Cette trituration n’est pas une huilerie ordinaire. Elle a été créée dans le cadre du programme américain Millennium Challenge Corporation (MCC) en coopération avec le Royaume, complété par des fonds de l’agriculture solidaire et par les apports des petits fellahs de Bni Walid et Fnassa Bab El Hit.
Pendant des années, elle a été la seule bouée de sauvetage pour des centaines de petits producteurs, offrant une trituration de qualité qui a permis de valoriser l’olive, de stabiliser la population et de freiner l’exode rural.
Ce qui est aujourd’hui mis à l’encan, selon le dossier d’exécution n° 2025/6305/161, n’est pas de la ferraille mais une chaîne industrielle complète : cuves inox, centrifugeuses, lignes de conditionnement, pont-bascule, systèmes de refroidissement industriel.
L’énigme des 2,6 millions de dirhams
C’est sur le plan financier que l’affaire devient explosive. La Commission révèle que depuis 2017, l’unité est louée pour 330.000 dirhams par an, soit 2.640.000 dirhams encaissés sur huit ans. Théoriquement, cette somme devait rembourser le crédit contracté auprès du Crédit Agricole. Or, c’est le Crédit Agricole lui-même qui poursuit aujourd’hui la vente, en réclamant entre 3 et 6 millions de dirhams de dettes. D’où la question centrale de l’appel : Où est passé l’argent de la location ? Qui a encaissé les loyers pendant huit ans ? Pourquoi la banque a laissé filer la dette sans activer ses mécanismes de contrôle ? Pourquoi le locataire n’a jamais demandé la révision du contrat ? Le tribunal a-t-il seulement convoqué les responsables légaux du GIE, dont le président est décédé ?
Pour la Commission, on est au-delà de la mauvaise gestion : il s’agit d’un « dysfonctionnement profond de la gouvernance et d’une dilapidation potentielle de deniers publics ».
Les quatre exigences et l’alternative
La Commission exige la suspension immédiate de la vente du 7 octobre, une enquête judiciaire et un audit comptable complet depuis la création du projet : la publication de tous les contrats de bail et des relevés de paiement depuis 2017 et la reddition des comptes de tous les responsables impliqués.
Au lieu de brader l’outil, elle propose une feuille de route réaliste : création d’une Union des coopératives locales après renouvellement des instances du GIE, protocole de restructuration de la dette avec le Crédit Agricole, remise de l’unité à l’Union par la Direction Régionale de l’Agriculture dans le cadre de Génération Green, et financement à 1% pour les jeunes pour créer des emplois permanents.
Un mot d’ordre est lancé : Non à la vente de « Oulia Jabaliya ». Oui à la solution coopérative et à la transparence.