Comment aménager les villes de demain sans sacrifier les territoires d’aujourd’hui ? Le Forum des Sciences et du Développement Durable d’Ifrane a tenté d’apporter des réponses jeudi au Centre Culturel d’Azrou, lors d’une conférence sur « Urbanisme, Ville et Développement : vers de nouveaux modèles territoriaux durables ».
Face à la pression démographique, au changement climatique et à l’étalement urbain, chercheurs et acteurs institutionnels ont appelé à rompre avec la logique du « bétonnage » au profit d’une ingénierie territoriale intelligente, centrée sur l’humain et ses ressources.
Le Pr Moulay Rachid Karim a ouvert les débats avec une communication sur « Le renouvellement urbain : vers une refonte de l’aménagement territorial local ». Il a souligné que le renouvellement urbain dépasse désormais la simple réhabilitation de bâtiments pour devenir une « approche de développement globale » visant à améliorer la qualité de vie et l’attractivité des villes.
Diagnostiquant la fragilité des tissus bâtis, la pression foncière et les contraintes climatiques, il a estimé que « la réussite des politiques de renouvellement urbain dépend d’une vision intégrée, basée sur la coordination entre acteurs et l’implication des habitants ». La gouvernance territoriale, selon lui, est la clé pour garantir la justice spatiale et bâtir des villes « plus durables et plus équitables ».
Pour sa part, Le Dr Hamid Ibrahimi, Directeur provincial du Ministère de l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville à Ifrane, a illustré ces enjeux à travers Azrou. La ville, porte du Moyen Atlas, subit l’étalement urbain sur les terres agricoles et forestières, avec pour conséquence le recul de l’agriculture de subsistance et la pression sur l’eau et les infrastructures. Il a plaidé pour une approche environnementale respectant la « capacité de charge du territoire », la protection des ressources hydriques et du couvert forestier, et une extension urbaine orientée vers les zones les moins vulnérables. Parmi les pistes prposées: mobilités douces, réhabilitation des quartiers anciens via PPP et gouvernance interinstitutionnelle G2G. Il a rappelé que l’attractivité touristique et culturelle de la province constitue une véritable « intelligence territoriale ».
Le débat s’est projeté dans l’avenir avec la transformation digitale du secteur. Le Dr Ibrahimi a présenté les projets de résorption des maisons menaçant ruine, de préservation du patrimoine et de modernisation des documents d’urbanisme via SIG, dématérialisation et cartes interactives.
Aussi , les travaux du Dr Mohamed Chaïbi sur l’Internet des Objets IoT ont retenu l’attention. L’Objectif c’est de transformer les documents d’urbanisme en « cartes intelligentes » connectées à des capteurs collectant en temps réel les données sur la mobilité, l’environnement et les infrastructures. Un pas vers la ville intelligente et prédictive.
Le Forum des Sciences d’Ifrane a été identifié comme un think tank provincial clé pour fédérer universités et acteurs locaux autour de ce modèle de gouvernance territoriale intelligente.
En conclusion, les participants ont appelé à une révision profonde de la loi 12.90 et à l’adoption urgente d’un Code de l’Urbanisme adapté au Maroc rural. Ils ont dénoncé la complexité des procédures de construction, facteur d’exode rural et de dépeuplement des zones de montagne. La solution passerait par l’activation de la circulaire conjointe 2023 des ministères de l’Urbanisme et de l’Intérieur : commissions mixtes, simplification administrative et droit à construire à coût réduit dans un cadre légal.
Un message fort est ressorti d’Azrou : l’avenir du territoire « ne se décrète pas depuis les bureaux, il se co-construit avec les habitants, les experts et les outils de demain ».