Ville RAMSAR Ifrane :Le GREPOM et l’Association Forêt Modèle d’Ifrane lancent l’atelier décisif pour l’avenir du SIBE Aguelmam N’Tifounassine

      Un lac d’altitude unique menacé, un plan d’action pour le sauver. Le paysage emblématique du Moyen Atlas au cœur d’une démarche internationale Satoyama.

Mohammed Drihem

      IFRANE – C’est l’une des zones humides les plus précieuses du Maroc qui va faire l’objet d’un atelier de haut niveau. Le Groupe de Recherche pour la Protection des Oiseaux au Maroc (GREPOM/BirdLife Maroc), en partenariat avec l’Association Forêt Modèle d’Ifrane (FMI), organise les 17 et 18 septembre 2026 au Centre de formation Al Akhawayn à Ifrane, un atelier consacré à la restitution des résultats de l’outil des indicateurs de résilience et à la co-construction du Plan d’Action du paysage du SIBE Aguelmam N’Tifounassine.

      Organisé dans le cadre du programme international COMDEKS – Initiative Satoyama, cet événement réunira les principaux acteurs institutionnels, techniques, associatifs et communautaires du territoire dans l’Objectif de passer du diagnostic à l’action concertée. Aguelmam N’Tifounassine : bien plus qu’un lac, un château d’eau du Maroc

Situé à 1913 mètres d’altitude sur le plateau du Moyen Atlas tabulaire, à 40 km d’Azrou, Aguelmam N’Tifounassine signifie en berbère « le lac des vaches ». Ce n’est pas un simple lac marécageux de 70 hectares. C’est un écosystème d’exception ; un site Ramsar d’importance internationale depuis 2005, formant avec Aguelmam Sidi Ali un complexe lacustre unique. C’est l’un des écosystèmes lacustres de montagne les plus méridionaux de l’écozone paléarctique.

Un SIBE – Site d’Intérêt Biologique et Écologique – parmi les 150 SIBE que compte le Maroc sur près de 300 zones humides recensées. Le pays ne compte aujourd’hui que 38 sites Ramsar, alors que le Maroc s’était engagé à en atteindre 54.

      Un refuge vital pour la biodiversité : lieu d’hivernage crucial pour le Tadorne casarca et la Foulque caronculée, site de nidification pour le Héron pourpré, le Pic de Levaillant et le Rougequeue de Moussier, deux endémiques mondiales. Ses eaux abritent aussi la genette, le chacal doré et des invertébrés uniques.

      Le système karstique du lac joue un rôle essentiel dans la recharge des eaux souterraines et la pérennité de l’Oued Guigou, régulant les crues. C’est un véritable château d’eau pour toute la région Fès-Meknès. Mais ce joyau est en danger : prélèvements d’eau, surpâturage, sécheresse prolongée et pollution ont déjà conduit à des assèchements répétés, à l’instar des lacs voisins de Dayet Aoua et Dayet Hachlef.

L’outil Satoyama : donner la parole aux communautés

      C’est pour répondre à ces menaces que le programme COMDEKS, porté par le PNUD et la Convention sur la Diversité Biologique, a choisi Aguelmam N’Tifounassine comme l’un de ses trois paysages pilotes au Maroc, aux côtés du Haut Atlas central et de l’Oued Laou. Pendant des mois, le GREPOM et la FMI, avec les animateurs communautaires, ont appliqué sur le terrain l’outil des indicateurs de résilience des paysages socio-écologiques. Traduit en arabe, français et amazigh, cet outil a permis aux populations locales – éleveurs, pêcheurs, agriculteurs – de faire leur propre diagnostic : où en est la biodiversité ? Quelle est la résilience économique ? Les savoirs traditionnels sont-ils transmis ?

        L’atelier des 17 et 18 septembre est l’aboutissement de ce travail. Il ne s’agit pas d’une simple présentation d’experts.

Jour 1 : Valider le diagnostic. Les résultats de la résilience seront présentés, débattus et validés collectivement avec le Comité de Paysage pour établir une situation de référence officielle.

Jour 2 : Co-construire le futur. Les participants, répartis en deux groupes, formuleront concrètement le Plan d’Action du paysage : gouvernance, restauration de la biodiversité, résilience économique et valorisation des savoirs locaux. Chaque action sera budgétisée, avec des indicateurs et des responsables identifiés.

Pourquoi les médias sont conviés

       Le GREPOM/BirdLife Maroc, association nationale de référence engagée depuis 1993 et qui a déjà porté le Maroc à proposer 10 nouveaux sites Ramsar dont Aguelmam Azegza, insiste sur ce point : sans communication, il n’y a pas de conservation durable.« Compte tenu du rôle important des médias dans la sensibilisation du public, la diffusion de l’information et la valorisation des initiatives en faveur de la préservation de l’environnement, leur participation revêt une importance particulière », soulignent les organisateurs. L’enjeu est de faire connaître les solutions qui émergeront – écotourisme, pêche durable, gestion partagée du pâturage – et de les intégrer ensuite dans les Plans d’Actions Communaux (PAC) et Provinciaux, pour que la protection des zones humides ne reste pas lettre morte.