Au cœur du Moyen Atlas central, entre El Hajeb et Ifrane, se joue l’avenir d’une espèce emblématique et rare : le chêne zeen. Avec seulement 17.000 hectares au Maroc sur les 102.000 que compte l’Afrique du Nord, cette essence précieuse est menacée de disparition si rien n’est fait. C’est tout le sens du projet d’envergure lancé à Iminighri, dans la forêt de Jaâba.
Jaâba, un château d’eau et un réservoir de biodiversité
Relevant de la Direction Provinciale de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts [ANEF] de Meknès-El Hajeb, la forêt de Jaâba n’est pas une forêt comme les autres. Situé le long de la Route Régionale 707, le périmètre d’Iminighri s’étend sur 326 hectares répartis sur quatre parcelles forestières [22, 27, 37 et 45].
C’est un écosystème d’exception. Les peuplements purs de chêne zeen [Quercus canariensis], parfois en mélange avec le chêne vert, y bénéficient de conditions idéales : entre 810 et 976 mm de pluviométrie annuelle et un bioclimat sub-humide à humide, voire très froid en altitude.
Cette forêt est vitale. Elle est un refuge pour plus de 1000 espèces animales et végétales, elle protège les sols contre l’érosion, elle régule les ressources en eau de l’oued Sidi Aïssa et elle conserve les paysages forestiers du Moyen Atlas. Sans elle, c’est tout l’équilibre hydrique de la région qui est menacé.
L’alerte : une forêt qui ne se régénère plus
Pourtant, ce joyau est malade. Le constat des forestiers est alarmant : la régénération naturelle du chêne zeen est quasi-nulle. On ne trouve plus de jeunes pousses. La forêt vieillit sans se renouveler. Pourquoi ? La conjonction de plusieurs facteurs : la pression pastorale excessive, la concurrence de la végétation, des conditions climatiques devenues plus contraignantes avec les sécheresses à répétition, et l’insuffisance d’interventions sylvicoles adaptées.
Une première tentative avait été menée : une clôture en fil barbelé sur les 326 hectares et une plantation de chêne vert sur 20 hectares. Mais avec le temps, la clôture s’est dégradée, ouvrant la porte au bétail et compromettant tous les efforts.
Un projet novateur : restaurer, pas seulement planter
Face à ce constat, l’ANEF change de paradigme. Le projet d’Iminighri ne se limite pas à une simple plantation. Il s’inscrit dans une démarche de restauration écologique et de redynamisation de l’écosystème, en favorisant autant que possible les processus naturels. L’objectif est clair : créer les conditions pour que la forêt se régénère elle-même.
Pour y parvenir, un investissement de 8 millions de dirhams sur deux ans a été mobilisé. Pour chaque année, deux marchés sont prévus : l’un pour la protection, l’autre pour le nettoiement et l’accompagnement sylvicole du peuplement.
L’innovation majeure réside dans l’expérimentation de deux types de clôtures pour évaluer la solution la plus durable : Le long de la RR 707, très exposée, une clôture solide en panneaux rigides électrosoudés galvanisés sur semelle en béton. Sur le reste du périmètre, une clôture en grillage galvanisé plastifié sur poteaux en fer en T, plus adaptée au relief.
Iminighri devient ainsi un véritable laboratoire sylvicole à ciel ouvert, dont les résultats serviront à toute la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 ».
Un appel à la mobilisation générale
Ce projet ne peut réussir sans l’adhésion de tous. La forêt de Jaâba appartient aux générations futures. Sa protection est l’affaire de tous. Aux populations riveraines et aux éleveurs : Respecter les mises en défens n’est pas une interdiction, c’est un investissement. Laisser les jeunes chênes pousser aujourd’hui, c’est garantir le fourrage, le bois et l’eau de demain. Une forêt protégée pendant 5 ans, c’est une forêt productive pour 200 ans.
Aux jeunes et à la société civile : Devenez les gardiens de Jaâba. Chaque signalement d’incendie, chaque action de sensibilisation compte. Rappelons que la province d’El Hajeb est classée en risque élevé d’incendies chaque été par l’ANEF.
Aux élus et aux communes : Intégrez la forêt de Jaâba dans vos Plans d’Action Communaux. Le chêne zeen peut devenir un levier d’écotourisme scientifique, à l’image du sentier « Chêne Zeen » du Parc National de Tazekka. Sauver le chêne zeen à Iminighri, ce n’est pas seulement sauver 326 hectares. C’est prouver que le Maroc peut restaurer ses forêts les plus précieuses en s’appuyant sur la nature elle-même. C’est un acte de résilience climatique. La forêt nous protège, protégeons-la.