IFRANE : Clôture réussie du 1èr atelier MEDFORGEN . Quand la cédraie devient laboratoire génétique

Mohammed Drihem. (Photos: María González/EFI)

      Plus de 30 experts, chercheurs et praticiens forestiers des pays du sud et de l’est de la Méditerranée réunis les 20 et 21 octobre pour apprendre à lire l’ADN des forêts afin de mieux les sauver. Les travaux du premier « Train the Trainer Workshop » sur les inventaires forestiers, organisé à Ifrane par MEDFORGEN / EFI en partenariat avec l’ANEF, le CSIC espagnol et l’Université Mohammed V de Rabat, avec le financement de l’Union Européenne, se sont clôturés ce mercredi au cœur de la cédraie du Parc National d’Ifrane par une journée entière de formation pratique sur le terrain.

Le Maroc, un laboratoire à ciel ouvert

      Le choix d’Ifrane n’est pas fortuit. Le Royaume dispose d’un savoir-faire historique en matière d’inventaires forestiers, notamment pour le suivi du cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica). « Le Maroc offre un cadre particulièrement pertinent pour accueillir cette première formation de formateurs de MEDFORGEN. Le Parc national d’Ifrane constitue un cadre particulièrement adapté à cette initiative », a souligné Rahbi Amar, responsable du CIRF de l’ANEF et représentant national au sein de MEDFORGEN.

Une initiative européenne inédite

      Lancé officiellement en mars 2026 à Valence, MEDFORGEN (Mediterranean Forest Genetic Resources Network) est la première initiative transfrontalière dédiée à la conservation des ressources génétiques forestières. Porté par EFIMED, le bureau méditerranéen de l’Institut Européen des Forêts, et financé par l’UE, ce projet de 4 ans (octobre 2025 – septembre 2029) réunit 10 pays : Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Syrie et Tunisie. Son objectif : élaborer des feuilles de route nationales, créer un réseau méditerranéen d’unités de conservation génétique relié au système européen EUFGIS et constituer une communauté régionale de professionnels.

      L’enjeu est vital, la Méditerranée se réchauffant 20% plus vite que la moyenne mondiale. « Les inventaires forestiers constituent le principal outil dont disposent les pays pour suivre l’état de leurs forêts. Pourtant, ils prennent encore rarement en compte la diversité génétique, qui joue un rôle essentiel dans la capacité des arbres à s’adapter à la sécheresse, à la hausse des températures et à l’émergence de nouveaux ravageurs. Cet atelier vise à faire évoluer cette approche », a expliqué la Pr Magda Bou Dagher Kharrat, coordinatrice de MEDFORGEN et responsable d’EFIMED. « En soutenant MEDFORGEN, l’Union européenne investit dans le renforcement des capacités locales pour rendre la région plus résiliente face aux changements climatiques et préserver son inestimable richesse en biodiversité génétique forestière », a indiqué Juan Pedro Castro, DG MENA de l’UE.

Du GPS à la tarière de Pressler

      Pour cette seconde journée, la forêt a repris ses droits. Le programme a quitté la théorie pour l’immersion totale. Les participants ont d’abord bénéficié d’une présentation écologique du Parc National par Rabhi Amar (ANEF). Puis Silvester Boonen (EFI) les a initiés aux protocoles de terrain : maniement des outils de mesure, méthodologie d’installation et de démarcation au sol d’une placette de suivi permanent.

       Les travaux se sont poursuivis par des exercices appliqués d’enregistrement des données. Un focus particulier a été consacré à une problématique cruciale pour le cèdre : comment intégrer la régénération naturelle dans les dispositifs de suivi. Un module animé par Iciar Alberdi (CSIC Espagne).

      L’atelier s’est achevé par un temps d’échange collectif sur les leçons apprises, avant la clôture officielle par Magda Bou Dagher Kharrat et Silvester Boonen.

Former des multiplicateurs

      Au-delà des connaissances, l’accent a été mis sur la transmission. Des kits de terrain ont été remis à chaque délégation pour devenir à leur tour formateurs dans leurs pays. « Les universités peuvent considérablement amplifier la portée de cette formation. En tant que professeurs, nous pouvons intégrer ces techniques dans nos programmes et accompagner chaque année de nouvelles promotions sur les mêmes sites. Chaque promotion enrichit les données et assure un suivi à long terme », a souligné la Pr Leila Medraoui, Université Mohammed V de Rabat.

      Une démarche qui s’inscrit pleinement dans la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 » portée par l’ANEF. On ne plante plus seulement des arbres, on plante leur avenir génétique. Comme le résumait la Pr Bou Dagher Kharrat : « Si nous voulons que ce que nous plantons aujourd’hui soit en bonne santé dans 50 ans, il faut choisir les bonnes espèces et les bonnes populations aujourd’hui. »