Le Parc National d’Ifrane accueille les 20 et 21 octobre le premier atelier régional MEDFORGEN sur la diversité génétique forestière. Un événement scientifique majeur qui place le Maroc et sa cédraie millénaire au cœur de la stratégie de résilience climatique du pourtour méditerranéen.
Ifrane – Ce n’est plus seulement une forêt, c’est une bibliothèque génétique en sursis. Les 20 et 21 octobre 2026, le Parc National d’Ifrane va accueillir un événement inédit à l’échelle du bassin méditerranéen : le premier atelier régional de formation des formateurs sur l’intégration des ressources génétiques forestières dans les inventaires forestiers.
Organisé dans le cadre du projet MEDFORGEN – Mediterranean Forest Genetic Resources, mis en œuvre par l’Institut européen des forêts (EFI) et financé par l’Union européenne, co-organisé par l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) et le Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique d’Espagne (CSIC), l’atelier réunit plus de 30 experts, chercheurs et praticiens venus de 9 pays : Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Syrie et Tunisie.
Pourquoi Ifrane ? Parce que le cèdre ne ment pas
Le choix d’Ifrane n’est pas anodin. Il est un hommage à l’expertise marocaine. Comme le souligne Rahbi Amar, responsable du CIRF de l’ANEF :
« Le Maroc offre un cadre particulièrement pertinent. Le pays possède une longue expérience des inventaires forestiers, notamment en matière de documentation et de conservation des populations de cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), ce qui fait du Parc National d’Ifrane le lieu idéal pour élaborer une approche régionale commune. »
Le Parc National d’Ifrane, c’est 125.000 ha, la plus grande forêt continue de cèdres de l’Atlas au monde, avec des spécimens de 40 mètres et millénaires, 24.000 espèces animales dont 11% endémiques, et 10 sites RAMSAR. C’est aussi un laboratoire à ciel ouvert.
En mars dernier encore, l’Association Ifrane Model Forest y lançait la restauration de 12 hectares dans le Val d’Ifrane avec 2.000 arbres (700 cèdres et 1300 chênes verts), en réponse aux crues dévastatrices de l’Oued Tizguite. C’est le terrain idéal pour apprendre.
L’innovation : Compter les gènes, pas seulement les arbres
Jusqu’ici, un inventaire forestier comptait des troncs, mesurait des diamètres et des hauteurs. Il oubliait l’essentiel : la diversité à l’intérieur même de l’espèce.
Or, face à la hausse des températures, aux sécheresses prolongées et aux incendies de plus en plus violents, c’est la diversité génétique qui permet à un cèdre de survivre à la sécheresse, à un chêne vert de résister à un nouveau ravageur. Une fois perdue, elle ne se restaure jamais.
« Les inventaires forestiers sont le principal outil des pays pour suivre l’état de leurs forêts, mais ils prennent rarement en compte la diversité génétique, cette variation qui permet aux arbres de s’adapter », explique Magda Bou Dagher Kharrat, coordinatrice MEDFORGEN et responsable d’EFI Méditerranée. « Ce qui commence à Ifrane peut devenir un effort coordonné à l’échelle de toute la région. »
Concrètement, pendant deux jours, les participants vont alterner théorie et pratique de terrain : conception d’inventaires, méthodes d’échantillonnage génétique, utilisation d’une tarière de Pressler pour carotter sans abattre, GPS, jumelles. Chaque pays repartira avec un kit de terrain complet pour appliquer immédiatement.
L’effet multiplicateur : De l’université à la SNE de Michlifen
La force de MEDFORGEN, qui court d’octobre 2025 à septembre 2029, est son approche en cascade. Ces 30 formateurs doivent à leur tour former des centaines d’étudiants, techniciens et agents.
Leila Medraoui, professeure à l’Université Mohammed V de Rabat, résume l’ambition :
« En tant que professeurs, nous pouvons intégrer ces techniques dans nos programmes et ramener chaque année chaque nouvelle promotion sur les mêmes sites forestiers. Imaginez cette démarche reproduite dans les universités de toute la Méditerranée : un formidable réseau de suivi qui forme, chemin faisant, une nouvelle génération de forestiers. »
Ce réseau s’articulera avec le Système européen d’information sur les ressources génétiques forestières (EUFGIS) et débouchera sur des feuilles de route nationales de conservation et un réseau méditerranéen d’unités de conservation génétique.
Pour Ifrane, l’enjeu dépasse la science. Le projet s’inscrit dans la stratégie Forêts du Maroc 2020-2030 et dans le projet FFEM/AFD de développement des activités de pleine nature au service de la biodiversité. Comprendre la génétique du cèdre, c’est aussi mieux décider où implanter une Structure Naturelle d’Escalade comme la SNE de Michlifen, où tracer un sentier de randonnée, où interdire le surpâturage.
Comme le note Juan Pedro Castro de la DG MENA de l’UE, cet investissement préserve « les dimensions environnementale, patrimoniale, culturelle et économique des ressources génétiques forestières. »
À la veille du PLF 2027 qui fait de la souveraineté hydrique et de la régionalisation ses piliers, Ifrane rappelle une vérité simple : on ne protège pas une forêt en comptant des arbres. On la protège en protégeant son ADN.
NB : Source d’information – Équipe de presse et information de la Délégation de l’UE au Royaume du Maroc –