C’est depuis son campus d’Ifrane, perché à 1.650 mètres d’altitude, qu’Al Akhawayn University (AUI) est en train de changer la donne pour toute l’Afrique. L’université a accueilli cette semaine le workshop panafricain « Building Inclusive, AI-Enabled Mental Health Support Ecosystems in African Universities », une initiative inédite qui place la santé mentale étudiante au cœur de la transformation numérique du continent.
Une initiative qui n’est pas anodine : AUI est la première université d’Afrique du Nord à avoir intégré AFRETEC – African Engineering and Technology Network, le prestigieux réseau panafricain des universités technologiques. Et elle n’y est pas entrée par la petite porte : elle en est l’institution cheffe de file pour le pilier Inclusion.
Un projet pilote marocain qui devient un modèle continental
Au centre des échanges : un projet pilote 100% conçu et porté par Al Akhawayn, en collaboration avec AFRETEC. Son principe est à la fois simple et révolutionnaire : associer l’accompagnement humain à un outil d’intelligence artificielle responsable.
Loin des fantasmes d’une IA qui diagnostique ou remplace les psychologues, le modèle d’Al Akhawayn est clair :L’IA oriente, l’humain accompagne. L’IA facilite le premier pas, l’humain prend le relais. L’outil développé à Ifrane aide l’étudiant à trouver son chemin vers les bons services, à formuler un premier besoin, à accéder à de l’information fiable et à être orienté vers le bon interlocuteur. Il ne pose jamais de diagnostic, ne remplace jamais un professionnel et ne fonctionne jamais sans supervision humaine.
Testé et enrichi pendant trois jours à Ifrane par les universités partenaires, ce modèle est désormais prêt à être adapté et répliqué sur d’autres campus africains.
Ifrane, capitale africaine du bien-être étudiant
Le workshop a réuni à Ifrane un casting exceptionnel de décideurs du continent : coordinateurs AFRETEC, vice-présidents, doyens des affaires étudiantes, conseillers, spécialistes de l’inclusion et experts IA et Data venus de :Wits – Afrique du Sud, American University in Cairo – Égypte, Université de Nairobi – Kenya, Agostinho Neto – Angola, Cheikh Anta Diop – Sénégal, Université de Lagos – Nigeria, et Université du Rwanda.
Le constat est partagé par tous : trois défis majeurs freinent encore l’Afrique universitaire :La stigmatisation persistante autour de la santé mentale, l’accès très limité aux ressources d’accompagnement et les besoins spécifiques des étudiants sous-représentés ou en situation de vulnérabilité.
La réponse d’Al Akhawayn : ne pas créer un service isolé, mais un écosystème de soutien complet, qui relie l’académique, le social, le physique et le numérique.
Les ateliers de co-conception ont abouti à une feuille de route commune, fondée sur des principes non négociables : confidentialité absolue, supervision humaine permanente, procédures d’orientation claires, accessibilité totale, et collecte de données limitée au strict nécessaire.
Chaque université pourra ensuite adapter le modèle à sa langue, à ses équipes, à ses espaces et même à sa connectivité, avec des options hors-ligne et une communication multilingue, inclusive pour les personnes en situation de handicap et culturellement sensible.
Le campus d’Al Akhawayn comme laboratoire vivant
En accueillant cet atelier pour l’ensemble du réseau, Al Akhawayn ne se positionne plus comme un simple contributeur technologique. Elle s’affirme comme une référence africaine en matière de bien-être étudiant. Le projet, piloté sur le campus par l’Office of Academic Research (OAR), entre maintenant dans sa phase opérationnelle à Ifrane : Cartographie des parcours d’accès aux services de soutien
La Wellness Room transformée en porte d’entrée d’un dispositif élargi
Formation des enseignants, des personnels et des étudiants pairs-aidants pour repérer, réagir et orienter – sans jamais se substituer aux professionnels
Renforcement de l’outil d’IA avec une supervision humaine accrue et des protocoles de crise clairement définis
Suivi de l’accès et de l’orientation, dans une logique de soutien et non de surveillance
L’ensemble sera testé avec les étudiants et le personnel avant déploiement complet.
Une philosophie fidèle aux Liberal Arts
Cette démarche est l’incarnation même du modèle éducatif d’Al Akhawayn, fondé sur les liberal arts à l’américaine : accompagner chaque étudiant dans ses apprentissages comme dans son développement personnel.
Première université d’Afrique accréditée par la commission américaine NECHE, fondée par Dahir en 1993, publique et autonome, dispensant ses cours en anglais, accueillant 39 nationalités et s’appuyant sur plus de 400 partenaires dans le monde, AUI prouve avec ce projet que l’innovation la plus utile est celle qui part des besoins réels des étudiants. Avec cette initiative, le Maroc, via Al Akhawayn University à Ifrane, ne suit plus le mouvement africain de l’IA responsable. Il le dirige.
À propos d’AFRETEC
Réseau panafricain d’universités technologiques dont la mission est de favoriser une transformation numérique inclusive du continent, AFRETEC intervient dans trois domaines : l’enseignement, la création de connaissances et l’entrepreneuriat. Il rassemble notamment Carnegie Mellon University Africa, l’AUC, Wits, Nairobi, UCAD, Université du Rwanda, Lagos, Agostinho Neto et Al Akhawayn University, premier membre d’Afrique du Nord.