Ifrane : Un vaste chantier pour redonner son éclat au lac Aguelmam, joyau classé Ramsar au cœur du Moyen Atlas

Par Mohammed Drihem

      Figure emblématique d’Ifrane, surnommée la « Suisse du Maroc », le lac Aguelmam situé en plein centre-ville a récemment fait parler de lui. Des photos montrant une accumulation d’algues, de nénuphars et de débris en surface ont circulé sur les réseaux sociaux et dans certains médias, suscitant l’inquiétude des habitants et des touristes.

Des conditions climatiques exceptionnelles en cause

      D’après les explications des autorités provinciales, cette dégradation est directement liée aux conditions climatiques de l’année 2026. Après plusieurs années de sécheresse, la région a connu cet hiver et ce printemps des précipitations abondantes. La hausse du débit des eaux de ruissellement a entraîné vers le bassin du lac une grande quantité de boues, de feuilles mortes et de branches charriées par l’oued Tizguit.

       Privé d’un nettoyage en profondeur depuis la sécheresse, le lac a vu ces apports s’accumuler en surface, provoquant une prolifération d’algues et ternissant son image.

       Construit dans les années 1930 à l’époque du protectorat, le lac Aguelmam n’est pas naturel. C’est un bassin artificiel de 2,5 hectares alimenté par les sources du plateau. Il abrite canards, cygnes et carpes, et constitue avec son pont en bois l’un des spots les plus photographiés de la ville, à deux pas de l’Université Al Akhawayn.

« Un projet ambitieux de réhabilitation » :

        La déclaration du Président de la Commune Interpellé sur le sujet, M. Abdeslam Lahrar, Président de la Collectivité Territoriale d’Ifrane, a tenu de nous informer au sujet du lac d’Aguelmam précisant que « suite à une réflexion et à un débat approfondi, nous avons décidé de lancer un projet ambitieux : la réhabilitation du lac d’Aguelmam ».Le président précise que « Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’attendre les eaux de pluie ou les crues de l’oued Tizguit pour réalimenter le lac. Nous partons plutôt sur une solution d’approvisionnement direct en eau via un forage. » Il ajoute que ce projet  « sera accompagné d’une opération d’assainissement du fond du lac : nettoyage du sol et traitement des matériaux vaseux qui empêchent l’infiltration de l’eau et qui se sont accumulés sur les berges. »

Intervention d’urgence des autorités

       Conscientes de la valeur écologique et touristique du site, les autorités provinciales d’Ifrane, en coordination avec la Commune d’Ifrane, les Eaux et Forêts et sous la supervision directe du Gouverneur d’Ifrane Mr Driss Bisbah, ont lancé dès juillet un plan d’action d’urgence. Les travaux, confiés à une entreprise dans le cadre de marchés publics et démarrés à l’automne dernier, comprennent 4 volets principaux :Vidange partielle des eaux stagnantes pour assainir le bassin , Curage complet du fond avec retrait des sédiments, boues et déchets végétaux accumulés depuis des années, Installation de systèmes de filtration et d’aération afin d’oxygéner l’eau et prévenir la prolifération future des algues et Réaménagement des abords avec réfection des allées, installation de nouveaux bancs et éclairage, et végétalisation des berges  « Après discussion et examen, nous sommes tous arrivés à la conclusion qu’il est indispensable de procéder à la vidange du lac. Nous avons demandé à l’entreprise de reprendre immédiatement ses travaux et de les achever avant le début de la saison des pluies » souligne M. Lahrar.

Un enjeu touristique et environnemental majeur pour une ville Ramsar

      En plein cœur de la saison estivale, Ifrane accueille des milliers de visiteurs. Le lac Aguelmam est une étape incontournable pour les familles et les touristes en quête de fraîcheur. L’enjeu dépasse le cadre esthétique. Ifrane fait partie des rares villes marocaines labellisées « Ville Ramsar » en 2018, en raison de la richesse de ses zones humides et de sa biodiversité. Préserver le lac Aguelmam, ( NDR : Attention au pavage et au bétonnage du fond du Lac en préjugeant les  infiltrations car ça condannera à jamais la Biodiversité aquatique du Lac) c’est donc préserver un maillon essentiel de cet écosystème du Moyen Atlas. Ce n’est pas seulement un problème d’esthétique. C’est un écosystème à préserver et un atout économique pour la ville.    L’objectif est de rendre au lac sa qualité d’eau et son rôle de poumon vert du centre-ville » indique une source associative locale.

       Les travaux devraient s’achever avant la fin du mois d’août. « J’espère, si Dieu le veut, que dans les prochains jours nous pourrons rendre au lac d’Aguelmam son éclat et sa beauté » conclut le Président de la Commune, qui annonce également « un projet d’aménagement des berges du lac » pour l’avenir.

       Avec cette intervention, Ifrane confirme sa volonté de protéger son patrimoine naturel labellisé Ramsar tout en renforçant son offre touristique durable au cœur du Moyen Atlas

À NOTER BIEN

        Pour l’Association des Amis du Val d’Ifrane ; Bétonner le fond d’un lac est une fausse bonne idée pour le beau Lac Aguelmam et les zones humides

        Face à la volonté de « protéger » certains lacs contre les fuites selon le président de cette Association ; le réflexe du pavage ou du bétonnage du fond revient souvent. Or cette solution, loin de préserver la ressource, perturbe gravement l’équilibre naturel d’un écosystème lacustre comme celui du lac Aguelmam à Ifrane ou les risques écologiques sont majeurs :

Blocage des nappes : Le béton empêche l’infiltration naturelle de l’eau et coupe la recharge des sources souterraines dont dépend le plateau d’Ifrane.

Stagnation et asphyxie : Sans échanges entre le fond et la surface, l’eau stagne. Le manque d’oxygène favorise la prolifération d’algues toxiques et les mauvaises odeurs.

Destruction de la faune et de la flore : Poissons, batraciens et plantes aquatiques perdent leur habitat naturel et leurs zones de frai. La chaîne biologique du lac est rompue.

Effet de bordure : Sous l’effet des mouvements du sol et du gel en hiver à Ifrane, le béton se fissure avec le temps. Résultat : des fuites apparaissent et l’effet recherché est annulé, tout en laissant un fond pollué.

Quelles alternatives ?

      Pour réhabiliter un lac en respectant son rôle écologique, des solutions douces existent dont :

L’argile naturelle / Bentonite : Crée une barrière étanche souple qui limite les fuites tout en laissant vivre le fond biologique.

Le géotextile écologique : Stabilise les berges et le fond tout en permettant la circulation de l’eau.

La végétalisation aquatique : Planter des roseaux et espèces locales pour purifier l’eau, fixer les sédiments et oxygéner naturellement le milieu.

      En résumé : Un lac n’est pas une piscine. L’imperméabiliser totalement, c’est le condamner. Dans le cadre du label « Ville Ramsar » d’Ifrane, la priorité doit rester à des solutions qui concilient préservation de l’eau et respect de la vie du lac.