La société civile environnementale marocaine structure son plaidoyer national Quatre réseaux, 5 Cinq écosystèmes, une seule voix : les acteurs se dotent d’outils d’influence et annoncent un grand dialogue civil pour février 2027

Par Mohammed Drihem

      CASABLANCA, 20 juin 2026 – La société civile environnementale marocaine franchit un cap. Réunie ce week-end du 20 au 21 juin à Casablanca dans le cadre du projet AMUSU soutenu par l’Union européenne, elle tient sa 3ème rencontre nationale avec comme ambition affichée : Passer de la mobilisation de terrain à une influence structurée sur les politiques publiques, en co-construisant un système documentaire complet de stratégies d’influence dédié à la protection des écosystèmes stratégiques du Royaume.

      Organisé par l’Association des Enseignants des Sciences de la Vie et de la Terre Maroc AESVT-Maroc, cet « Atelier de co-construction du système documentaire des stratégies d’influence » réunit pendant trois jours les membres des quatre réseaux AMUSU.

      Pour M. Abderrahim Ksiri, vice-président de l’AESVT-Maroc et coordinateur du projet, cette rencontre constitue une étape décisive. « C’est la 3ème rencontre du projet AMUSU qui  appuie 3 organisations qui soutenu 08 association et 13 réseaux environnementaux. Chaque réseau a son programme pour renforcer sa gouvernance interne et son plaidoyer spécifique. Mais au-delà, il existe un projet commun : un plaidoyer collectif autour des enjeux environnementaux majeurs de notre pays », explique-t-il.

      La formation dispensée a porté sur des « techniques et stratégies de plaidoyer avancées, très stratégiques, encadrées par un expert de haut niveau ». Selon M. Ksiri, la qualité des participants reflète l’ancrage concret des travaux. Cinq chantiers prioritaires structurent le plaidoyer national : la transition énergétique, la protection de la biodiversité et des habitats naturels, la sauvegarde de l’arganeraie dans le Sud, la préservation de la cédraie du Moyen Atlas (ATLAS CEDRUS), et la gestion des parcs nationaux avec le Parc National d’Al Hoceima en tête, ainsi que la stratégie de protection des zones humides et des oiseaux et plus de la transition énergétique de l’AMCDD et les zones Oasiennes.

      « En approfondissant le diagnostic et en posant les bonnes questions fondamentales, nous avons mis le doigt sur les vrais problèmes et identifié les acteurs concernés pour y apporter des solutions, au niveau gouvernemental, national ou territorial »,  précise-t-il, ajoutant que l’objectif à moyen terme est désormais clair : structurer le dialogue avec les institutions. « Nous préparons activement un grand rendez-vous les 19 et 20 février 2027, après une série d’activités de dialogue civil, pour organiser un dialogue civil structuré entre la société civile et les acteurs gouvernementaux nationaux et territoriaux », annonce M. Ksiri.

        « Notre ambition est de consolider plusieurs chapitres de la Constitution. Car les questions environnementales sont des questions de développement : c’est un droit à la santé, c’est un droit au développement, c’est la durabilité et l’inclusion de tous. Tous les chapitres de la Constitution peuvent être activés grâce à cette approche basée sur une méthodologie scientifique et organisée », soutient le vice-président de l’AESVT. L’objectif final reste pragmatique : « Que le citoyen marocain et le territoire marocain vivent bien, avec un air et une eau de qualité et sains. Que le cadre de vie et les ressources des écosystèmes sur son territoire soient durables. L’objectif est clair, le mécanisme est en place, et nous sommes fermement déterminés à réussir ce type de projets qui sont d’une qualité exceptionnelle » a-t-il conclu.

       Mme Mariam Zarrouk, représentante de l’Alliance Marocaine des Zones Humides, insiste sur l’enjeu de capacitation. « C’est la troisième fois que nous participons en présentiel à cet atelier dédié à l’ingénierie du plaidoyer. L’objectif est d’aboutir à l’élaboration d’un plaidoyer environnemental national porté conjointement par les différents réseaux AMUSU sur les zones humides, les réserves de biosphère, les parcs nationaux et l’énergie durable ». Ses attentes sont triples : renforcer les compétences en stratégie de plaidoyer, mettre en lumière les problématiques spécifiques des écosystèmes fragiles, et surtout « porter notre voix. À travers ce plaidoyer national collectif, nous voulons faire remonter et évoquer avec force les véritables enjeux environnementaux du Maroc auprès des décideurs ».

      M. Reda Idoufkir Azaad, représentant du Réseau RARBA Tiznit, porte la voix des jeunes. « Nous participons à un cycle de formation étalé sur 4 à 5 mois pour nous doter de stratégies de plaidoyer utilisables au niveau national. Il existe des problématiques environnementales nationales urgentes. Notre ambition est de travailler collectivement avec les associations de la société civile pour porter une seule stratégie de plaidoyer unifiée ». Le réseau RARBA compte déployer les outils acquis au sein de l’Association de la Réserve de Biosphère de l’Arganeraie à Tiznit.  « Notre objectif est clair : faire entendre la voix de la société civile et des citoyens pour protéger la Réserve de Biosphère de l’Arganeraie des problématiques qui la menacent. Nous devons être partie prenante et avoir un impact réel sur la décision, d’abord au niveau national auprès du ministère de tutelle, du Ministère de l’Intérieur et de l’ensemble des ministères concernés », conclut-il.

        L’atelier s’articule autour de trois sous-ateliers intensifs : passage « de la note stratégique à la note de position », élaboration « de la note stratégique au policy brief », puis « finalisation et cohérence d’ensemble » avec harmonisation des documents et vérification de la cohérence du système.

       À l’issue de ces trois jours, chaque réseau repart avec deux livrables : une note de position et un policy brief. L’ensemble constituera le dossier de plaidoyer national AMUSU qui sera porté lors du grand dialogue civil prévu les 19-20 février 2027.

À propos du projet AMOSO

      Projet soutenu par l’Union européenne, AMUSU appuie 3 organisations et 4 réseaux environnementaux nationaux pour renforcer leur gouvernance interne et leur capacité de plaidoyer collectif sur les enjeux environnementaux majeurs du Maroc. Il vise à doter la société civile d’outils d’influence comparables à ceux des acteurs institutionnels.