« Maquamat Al Imtidâd : De l’Horizon à la Lumière » À Ifrane, la Fondation Mohammed VI célèbre la lettre arabe qui sort de la toile avec Rachid Chaârir

Mohammed Drihem

      Ifrane, 09 juillet 2026 – La Fondation Mohammed VI pour la Promotion des Œuvres Sociales de l’Éducation-Formation a ouvert ce jeudi 09 juillet dernier les portes de sa nouvelle exposition « Maquamat Al Imtidâd : De l’Horizon à la Lumière » de l’artiste plasticien Rachid Chaârir.

      Visible jusqu’au 31 août 2026 à la Galerie ZEPHYR de la Ville d’Ifrane, cette exposition propose une traversée visuelle et conceptuelle où la calligraphie arabe quitte son cadre traditionnel pour devenir énergie, espace et lumière.

      Pour Rachid Chaârir, né à Azrou, l’exposition raconte un seul et même cheminement artistique. « Ces Maquamat constituent en réalité un seul et même parcours. Il débute par ma relation à l’horizon dans son rapport à la nature et à son étendue. Il se prolonge ensuite vers la lettre en tant qu’œuvre calligraphique, puis sort du cadre de la toile pour aller vers l’œuvre sculpturale que j’ai intitulée Cordes d’Ombre » explique l’artiste.

      Chaque œuvre présentée constitue ainsi un « maqam », une station. Dans un dialogue subtil entre la masse et le vide, la ligne et la couleur, la stabilité et le mouvement, l’artiste construit une expérience visuelle singulière.

      Partant d’une conscience profonde des potentialités de la lettre arabe – son élongation graphique et son rythme – il ne s’arrête pas aux frontières de la calligraphie classique. « C’est une lettre qui porte en elle la mémoire de cette pièce de bois que sculptait mon père » confie-t-il. L’aboutissement de ce parcours est une installation majeure : des lanières de cuir descendant du plafond jusqu’au sol.

      « La lumière ici n’est ni gratuite ni folklorique. La lumière est un élément actif de l’œuvre plastique » souligne Chaârir. L’idée est née d’une question centrale : « Comment la lettre peut-elle s’étendre hors de la toile et sortir de ce cadre bidimensionnel pour investir l’espace tridimensionnel ? »

       Pour l’artiste, l’horizon n’est pas une limite. C’est une invitation à la traversée. Philosophiquement, il représente la frontière entre le connu et l’inconnu. Dans la pensée soufie, il renvoie à l’infini et à l’universel. Esthétiquement, il donne de la profondeur et ouvre le regard au-delà des frontières apparentes.

      L’extension devient quant à elle un « fil continu de l’existence », une mémoire ouverte à la lumière qui relie le passé, le présent et le futur. Dans la peinture comme dans l’installation, elle donne une impulsion dynamique et fait déborder l’œuvre hors du cadre matériel pour en faire un élément vivant.

      Inscrit dans l’école du houroufia marocaine, Rachid Chaârir revendique un parcours clair : « J’ai commencé par le travail abstrait pour aller ensuite vers le travail sur la lettre. Et ce, de manière assumée ».

      Pour la Fondation, cette exposition s’inscrit dans une politique culturelle de proximité avec les régions. «Cette exposition confirme la tradition que nous avons prise : tisser des liens avec les artistes de la région de l’Atlas en général, et faire de ce lieu un centre et un repère pour le rassemblement des expressions artistiques de la région » déclare M. Radouane Mouraî, Chef de la Division Culturelle et Artistique à la Fondation Mohammed VI. Il qualifie le travail de l’artiste de « profond : un travail sur la nature, un travail sur la lettre arabe, et un grand travail sur le mode d’accrochage des toiles. C’est une fenêtre que nous ouvrons à la créativité des artistes issus de la région ».

      La Fondation poursuit par ailleurs une programmation estivale dense : après Ifrane, une exposition est prévue la semaine prochaine à Tanger, puis à Beni Mellal, avant une clôture à Agadir. A-t-il conclu

      Au vernissage, l’artiste Peintre Pr. Abdellah Ouabbi a salué l’évolution du travail de son confrère : « Il travaille sur les Maquamat. Il est considéré comme un artiste houroufi de premier ordre. Son travail est très distinctif sur le plan de l’expression, de la couleur, de la forme et de la lumière. Il part d’un point et il peut créer de la lumière. Sa manière de traiter la composition de la lettre à l’intérieur de l’espace de la toile lui confère une grande valeur ».

      Du côté du public, l’émotion était au rendez-vous. Une jeune visiteuse venu d’Azrou témoignait : « Je suis venu avec mon père pour découvrir cet art qui a une orientation particulière. Ce qui m’a plu, ce sont les lettres arabes. C’est quelque chose de magnifique. Inchallah, à l’avenir, je réaliserai moi-même ce type d’art ».

      Avec « Maquamat Al Imtidâd : De l’Horizon à la Lumière », la Fondation Mohammed VI offre ainsi au public une méditation visuelle sur le passage, la mémoire et l’infini, portée par la puissance poétique du signe arabe qui ose enfin sortir de la toile.