MÉDIAS EN DÉTRESSE : L’appel pressant de la FMEJ à Fatima Zahra Mansouri Nouvelle Cheffe du Gouvernement

Mohammed Drihem

      La nomination historique d’une femme à la tête du gouvernement marocain ne doit pas être qu’un symbole. Elle doit être le point de départ d’une rupture. C’est le message fort, pressant et sans ambiguïté qu’a lancé la Fédération Marocaine des Éditeurs de Journaux (FMEJ), à l’issue de la réunion de son Bureau exécutif tenue lundi 12 octobre 2026.

      Réunie pour examiner la situation catastrophique du secteur et préparer son prochain Congrès national prévu avant fin 2026, la Fédération la plus ancienne et la plus implantée territorialement du Royaume – avec des antennes y compris dans les provinces sahariennes – a choisi de s’adresser directement à Mme Fatima Zahra Mansouri. Et son message tient en une phrase : Il est temps de rectifier le tir.

Une satisfaction historique, mais une exigence immédiate

      Fidèle à ses principes en faveur des droits des femmes et de l’égalité, la FMEJ salue comme un « événement politique inédit » la décision Royale de S.M. le Roi Mohammed VI de nommer une femme Cheffe du gouvernement, conformément à l’esprit de la Constitution.

      Mais au-delà des félicitations d’usage, la FMEJ rappelle une réalité brutale : le secteur de la presse, de l’édition et des médias est au bord de l’impasse, et son traitement doit figurer parmi les toutes premières priorités du nouveau gouvernement.

      La Fédération appelle solennellement à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un Plan Stratégique National Intégré de mise à niveau du secteur, fondé sur le consensus, la concertation et le respect de la légitimité de la représentativité.

Cinq années noires à corriger

      Le constat dressé par la FMEJ est cinglant. Pendant cinq ans, sous le gouvernement sortant, la Fédération dit avoir subi une « marginalisation, une exclusion et une mise à l’écart dépourvues de toute justification logique ».Un paradoxe insupportable pour une organisation qui, depuis plus de 25 ans, a été un partenaire essentiel des pouvoirs publics dans tous les programmes de réforme et de mise à niveau des entreprises de presse, et qui est la seule à avoir signé la première convention collective effective et juridiquement reconnue dans le secteur depuis le début du millénaire. »

      « On ne peut pas parler de refondation de l’État social et de nouveau modèle de développement en excluant la presse qui en est le miroir et le garde-fou », confie une source au sein du Bureau exécutif. La FMEJ attend donc de la Cheffe du gouvernement et de sa majorité un sursaut : « Conscience, intérêt et volonté politique ».

Le CNP, la plaie ouverte de l’autorégulation

      L’un des points les plus explosifs du communiqué concerne le Conseil National de la Presse (CNP). La FMEJ rappelle qu’elle a activement contribué à sa création, en élaborant ses bases avec les autorités de l’époque.

      Aujourd’hui, elle dénonce son exclusion pure et simple de sa structure actuelle, une décision « incompréhensible et contraire aux lois et aux usages ». Elle attire aussi l’attention sur l’absence de pluralisme dans la représentation des éditeurs, une situation contraire à l’esprit de la décision de la Cour constitutionnelle.

      Au-delà de la composition, c’est tout le système qui est dévoyé : pratiques unilatérales, concentration excessive du pouvoir, dégradation de la qualité des contenus, montée des pratiques diffamatoires et non professionnelles.

L’opacité qui tue le pluralisme

      La FMEJ pointe du doigt deux tabous qui étouffent les entreprises de presse : l’opacité totale autour de la distribution des annonces publicitaires, des marchés publicitaires et des conventions de partenariat, et le fiasco du système de soutien public.

      Un système de soutien adopté « sans concertation préalable » ces dernières années, qui, selon la Fédération, « n’entretient plus de lien réel avec des objectifs tels que la préservation du pluralisme médiatique ». En clair : de l’argent public distribué sans transparence, sans critères, et qui ne sauve ni les emplois, ni la qualité, ni le pluralisme.

      Or, rappelle la FMEJ, tout cela relève directement de la politique publique du secteur, donc de la compétence et de la responsabilité directe du gouvernement.

Un mémorandum sur le bureau de Mansouri

      Loin d’une posture de confrontation, la FMEJ se dit prête à jouer son rôle historique de « force de proposition sérieuse, constructive et rationnelle ».Elle annonce qu’elle adressera dans les prochains jours un mémorandum détaillé à Mme la Cheffe du gouvernement, exposant ses revendications, ses attentes et ses préoccupations, et celles de l’ensemble des entreprises de presse qu’elle représente.

      La balle est désormais dans le camp du nouveau gouvernement. Rectifier le tir ne sera pas une faveur faite à la presse. Ce sera un test de sa volonté réelle de respecter le pluralisme, la représentativité légitime et le dialogue comme méthode de gouvernance.

      Pour la première Cheffe de gouvernement de l’histoire du Maroc, l’épreuve de la presse sera un marqueur politique majeur. La FMEJ attend des actes.