Rabat – SPANB 2035 : L’État et la société civile scellent un pacte pour la biodiversité

Mohammed Drihem – C’est un moment charnière pour la politique environnementale nationale. Le Ministère de la Transition Énergétique et du Développement Durable a abrité le mardi 7 octobre 2026 à Rabat, l’atelier de dialogue multi-acteurs le plus important de l’année sur la biodiversité, organisé dans le cadre du Projet AMUSSU – Plaidoyer environnemental et concertation multi-acteurs.

      Porté par l’AESVT-Maroc avec le soutien de l’Union Européenne, du PASSC, de COSPE et de Migrations & Développement, cet atelier est l’aboutissement d’un travail de terrain considérable : 12 rencontres régionales de concertation citoyenne et 5 dossiers thématiques de plaidoyer consolidés.

      Les réseaux ont travaillé sur les quatre réserves de biosphère du Maroc comme laboratoires de transition écologique, notamment l’Arganeraie (RARBA) et le Cèdre de l’Atlas (RARBCA/Atlas Cedrus), ainsi que les zones humides en tant qu’infrastructures naturelles stratégiques pour la sécurité hydrique, les oasis et khettaras, et les parcs nationaux.

      La journée du 7 octobre, ouverte aux institutions, a constitué le temps fort du dialogue avec une ouverture par M. Razi Bouzekri, Secrétaire Général du Département du Développement Durable, M. Mustapha Madbouhi, Point Focal National pour la Biodiversité, et M. Reda Benhima, représentant du PNUD Maroc, et la présentation de la démarche AMUSSU par M. Abderrahim Ksiri, de l’AESVT-Maroc.

Un processus ouvert et ancré dans les territoires

      Dans le discours d’ouverture, M. Razi Bouzekri a tenu à clarifier la position du Ministère : »Le lancement, dans les douze régions du Royaume, d’ateliers de concertation constitue une démarche particulièrement importante. Elle traduit la volonté de faire de l’actualisation de notre stratégie nationale un processus ouvert, participatif et ancré dans les réalités de nos territoires.

      La biodiversité est en effet une question qui ne peut être appréhendée uniquement à travers des cadres nationaux : elle se vit dans les territoires, dans les écosystèmes, dans les communautés et à travers les activités économiques qui en dépendent. »

      Le Secrétaire Général a rappelé avoir présidé le 14 juillet 2026 à Casablanca la rencontre nationale consacrée au dialogue institutionnel autour de la SPANB, et a salué « la qualité du travail réalisé par l’Alliance, ainsi que son engagement constant ».

      Message politique fort : »Le Ministère considère l’Alliance comme un véritable partenaire de la politique environnementale nationale, et notamment de la dynamique de concertation qui accompagne aujourd’hui l’actualisation de notre stratégie et de notre plan d’action pour la biodiversité. »

Déclaration de Abderrahim Ksiri, cheville ouvrière du dossier

      M. Abderrahim Ksiri n’est pas un inconnu dans ce dossier. Il est le Rapporteur de l’Avis du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) sur « La biodiversité au Maroc : Pour une gouvernance renouvelée au service d’un développement territorial durable » – Autosaisine 88/2025.Présentant la démarche AMUSSU, il a insisté sur le principe directeur du projet, que confirme la note conceptuelle : »Passer de dossiers thématiques séparés à une dynamique commune de plaidoyer, capable de transformer les constats et propositions des réseaux en dialogue institutionnel, en engagements mesurables et en changements de politiques publiques ».

Cohérence avec la SNDD 2.0 et Kunming-Montréal

      Le discours du Secrétaire Général inscrit pleinement cette actualisation dans les grandes stratégies du Royaume : »Cette démarche trouve naturellement sa cohérence avec les orientations de la SNDD 2.0, notamment à travers les domaines de transformation consacrés à la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire et à la valorisation et à la résilience des ressources naturelles et des écosystèmes face aux changements climatiques. »

      « La préservation de la biodiversité n’est pas un objectif isolé : elle constitue une condition de la résilience de nos territoires, de la sécurité alimentaire et hydrique, de la protection des services écosystémiques et, plus largement, d’un développement durable et inclusif. »

       Contexte international oblige, M. Bouzekri a rappelé que cette actualisation intervient après l’adoption du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, qui fixe une ambition renouvelée en matière de conservation et de restauration. Il a assuré que les recommandations issues des régions « seront pleinement considérées dans le processus national en cours ».

Quelle suite? La feuille de route AMUSSU jusqu’en février 2027

      Selon la note conceptuelle, l’atelier des 6 et 7 octobre n’est pas une fin en soi. C’est une étape de consolidation pour :Finaliser les 5 policy briefs et notes de positionIdentifier les convergences Établir un plan d’action commun avec responsabilités et échéances

      Le calendrier opérationnel est déjà fixé :21 octobre 2026 : Présentation de la note commune au nouveau Gouvernement et au Parlement, 18 novembre 2026 à Marrakech : Café-talk avec les journalistes et actions médiatiques ; Novembre 2026 – Janvier 2027 : Concertations multi-acteurs et plaidoyer territorial ; 21-22 février 2027 à Rabat : Forum international de réseautage, organisé avec l’UE, pour valoriser les acquis et instaurer une rencontre stratégique bisannuelle entre société civile et État.

      Une dynamique qui prouve que la future SPANB 2035 ne sera pas écrite uniquement à Rabat, mais bien dans les douars de l’Arganeraie, les forêts de cèdres de l’Atlas, les zones humides de Khenifiss et les oasis à khettaras du Sud.