Enseignante à l’Université Moulay Ismaïl de Meknès, Pr Zakia Hammouch vient de confirmer son entrée pour la 4ème fois consécutive dans le prestigieux classement mondial des 2% des meilleurs scientifiques au monde, établi par l’Université de Stanford et Elsevier. Classée 192.988ème au niveau mondial tous domaines confondus, et surtout 471ème mondiale dans son sous-domaine des Mathématiques Appliquées, avec un H-index de 14, elle incarne l’excellence de la recherche marocaine.
PORTRAIT D’UNE ÉMÉRITE
Pr Zakia Hammouch n’est pas une apparition soudaine dans le ciel de la recherche. Elle est Professeure de l’Enseignement Supérieur à l’Université Moulay Ismaïl de Meknès et Directrice du laboratoire LIMSIS. Titulaire d’un doctorat de l’Université de Picardie Jules Verne en France, elle s’est imposée comme une spécialiste mondialement reconnue de la modélisation mathématique, du calcul fractionnaire et des systèmes complexes.
Son rayonnement dépasse largement les frontières du campus. Elle bénéficie de plusieurs affiliations scientifiques prestigieuses auprès d’universités en Asie et en Afrique, notamment China Medical University à Taichung à Taïwan, Kyung Hee University en Corée du Sud et Sefako Makgatho Health Sciences University en Afrique du Sud. Elle est également experte auprès du CNRST et du COMSTECH et membre de comités éditoriaux de nombreuses revues scientifiques internationales publiées par Elsevier et Springer.
Auteure de plus de 160 publications scientifiques, son parcours est jalonné de distinctions internationales : prix Oliviu Gherman en calcul fractionnaire (2020), prix Clarivate pour l’excellence en recherche (2021), Scopus Award (2022) et plus récemment le prix Obada (2025). Elle figure à plusieurs reprises dans le classement Stanford des 2%.
INTERVIEW EXCLUSIVE
AXE 1 – LE CLASSEMENT ET SA SIGNIFICATION
Le Journal : Vous figurez pour la 4ème fois dans le Top 2% de Stanford. Que représente ce classement ?
Pr Zakia Hammouch : C’est une reconnaissance internationale qui fait plaisir, mais surtout un encouragement à continuer. Pour moi, l’essentiel reste la qualité de la recherche, son impact, la formation des jeunes chercheurs et le rayonnement de l’université marocaine.
Le Journal : Vous êtes 471ème mondiale en Mathématiques Appliquées. Comment expliquez-vous cette performance ?
Pr Zakia Hammouch : Par des années de travail, de persévérance et de collaborations internationales. Les mathématiques permettent de travailler avec des équipes du monde entier. Ce résultat montre aussi qu’on peut mener depuis le Maroc une recherche visible à l’échelle internationale.
Le Journal : Le H-index de 14 et le Hm-index de 7, qu’est-ce que cela signifie ?
Pr Zakia Hammouch : Il faut préciser que le H-index 14 mentionné ici est celui retenu dans la méthodologie et la période considérées par le classement de Stanford. Mon H-index global actuel est de 52. Le H-index combine le nombre de publications et leurs citations : un H-index de 52 signifie qu’au moins 52 de mes publications ont reçu chacune au moins 52 citations. Le Hm-index est un indicateur ajusté qui tient compte de la co-signature des publications. Ces chiffres restent toutefois des indicateurs et ne résument pas, à eux seuls, la qualité d’une carrière scientifique.
LA RECHERCHE ET SON APPLICATION SUR LE TERRAIN
Le Journal : Quels sont vos principaux thèmes de recherche ?
Pr Zakia Hammouch : Je travaille principalement sur les mathématiques appliquées : modélisation mathématique, équations différentielles, systèmes dynamiques, calcul fractionnaire, systèmes complexes et intelligence artificielle. Ces outils trouvent des applications notamment en physique, ingénierie, biologie, santé et environnement.
Le Journal : Comment vos modèles peuvent-ils servir concrètement le Maroc ?
Pr Zakia Hammouch : Les mathématiques permettent de modéliser des phénomènes, d’étudier leur évolution et de tester différents scénarios. Elles peuvent contribuer, par exemple, à la gestion des ressources en eau, à l’étude des changements climatiques ou à certaines problématiques de santé publique. Pour être réellement utiles, ces modèles doivent être développés avec les spécialistes du terrain et à partir de données fiables.
Le Journal : Travaillez-vous avec des doctorants marocains ? Comment attirer davantage de jeunes filles vers les mathématiques ?
Pr Zakia Hammouch : Oui, la formation des jeunes chercheurs occupe une place importante dans mon travail. Il faut montrer que les mathématiques sont aujourd’hui au cœur de l’intelligence artificielle, du climat, de la médecine, de l’industrie et de nombreuses technologies. Pour les jeunes filles, il faut surtout leur montrer qu’aucun domaine scientifique ne leur est interdit.
FEMME SCIENTIFIQUE AU MAROC
Le Journal: Quel message adressez-vous aux étudiantes de la région ?
Pr Zakia Hammouch : Je leur dirais : ne laissez personne décider à votre place de ce dont vous êtes capables. Le parcours scientifique demande du travail et de la persévérance, mais votre origine, votre ville ou votre sexe ne doivent jamais limiter vos ambitions.
Le Journal : Quelles sont les principales difficultés de la recherche au Maroc ?
Pr Zakia Hammouch : Nous avons d’excellents chercheurs, mais il faut améliorer davantage leur environnement de travail : financement, accès aux données et aux équipements, mobilité internationale, structures de recherche et simplification des procédures. Investir dans la recherche, c’est investir dans la capacité du pays à résoudre ses propres problèmes.
Pr Zakia Hammouch : L’Université Moulay Ismaïl a joué un rôle essentiel dans mon parcours scientifique, notamment grâce à l’accès aux ressources documentaires et aux revues scientifiques internationales, au soutien à la mobilité, à l’accompagnement des projets de recherche et à l’appui à l’organisation de conférences internationales. Ces initiatives nous ont permis d’accueillir des chercheurs de renommée mondiale et de renforcer nos collaborations scientifiques.
Mon parcours s’est également enrichi grâce à mes affiliations scientifiques internationales auprès de plusieurs universités, notamment China Medical University à Taichung en Taïwan, Kyung Hee University en Corée du Sud et Sefako Makgatho Health Sciences University en Afrique du Sud. Ces institutions investissent des moyens financiers importants dans la recherche et offrent un environnement particulièrement favorable au développement de projets scientifiques ambitieux.
VISION ET PERSPECTIVES
Le Journal : Le Maroc valorise-t-il suffisamment ses chercheurs du Top 2% ?
Pr Zakia Hammouch : Il existe une reconnaissance croissante, mais nous pouvons aller plus loin. La reconnaissance devrait aussi se traduire par davantage de moyens pour constituer des équipes, encadrer des doctorants, développer des projets ambitieux et mettre l’expertise scientifique au service des priorités nationales.
Le Journal : Quels sont vos prochains projets ?
Pr Zakia Hammouch : Je souhaite poursuivre mes recherches en modélisation et systèmes complexes, développer les activités du laboratoire LIMSIS que je dirige, renforcer mes collaborations internationales et avancer sur plusieurs projets scientifiques et éditoriaux. Je souhaite surtout consacrer davantage d’énergie à la formation et à l’accompagnement de la nouvelle génération de chercheurs.
Le Journal : Quel plaidoyer adresseriez-vous au Ministre et à l’ANEF sur Mathématiques et Environnement ?
Pr Zakia Hammouch : Il faut davantage utiliser les mathématiques, l’intelligence artificielle et les données pour éclairer les décisions environnementales. Eau, sécheresse, incendies, forêts, désertification et changement climatique peuvent bénéficier de modèles prédictifs adaptés aux réalités marocaines. Cela nécessite une véritable collaboration entre mathématiciens, informaticiens, climatologues, biologistes et spécialistes du terrain.
QUESTION POUR LA FIN
Le Journal : Que diriez-vous à une jeune lycéenne de Boufekrane qui rêve de devenir Zakia Hammouch ?
Pr Zakia Hammouch : Je lui dirais : « Ose. » Et surtout : ne cherche pas à devenir Zakia Hammouch. Deviens meilleure. Construis ton propre parcours, travaille, persévère et ne laisse personne fixer les limites de tes ambitions.