IFRANE : Une poignée d’étudiants d’Al Akhawayn trouble la quiétude de la ville -La Toile s’enflamme, l’Université répond-

Par Mohammed Drihem

      Ifrane, la perle du Moyen Atlas, ville la plus calme et la plus sûre du Royaume, vit un début de rentrée universitaire 2026-2027 sous tension. Si l’Université Al Akhawayn reste une fierté pour Ifrane et pour tout le Maroc, un modèle de rigueur et d’excellence, des comportements indécents attribués à une poignée de ses étudiants dans différents quartiers de la ville ont provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux.

Ce que disent les Ifranis sur Facebook

      Une vidéo tournée de nuit dans le quartier « Jardins d’Ifrane » le 11 septembre dernier a mis le feu aux poudres. On y voit un habitant, micro à la main, dénoncer une « nuit noire » à cause d’étudiants qui « veillent jusqu’à l’aube, bruit excessif, empêchant les riverains et les enfants de dormir ». La séquence, vue par des milliers de personnes, montre des véhicules de secours et de police gyrophares allumés en pleine nuit.

      Les commentaires sous cette vidéo sont sans appel et reflètent un ras-le-bol grandissant. Les internautes parlent d’Ifrane « envahie par une minorité d’étudiants d’Al Akhawayn » avec « alcool, consommation de drogue, conduite dangereuse et bruit nocturne ».

On relève notamment :

« المخدرات خرجات على الشعب والنتيجة هي هذي « La drogue a ravagé le peuple, et voilà le résultat. »

« يجب تقديم شكاية إلى رئاسة الجامعة لأن الأمر يهمها » « Il faut déposer une plainte auprès de la présidence de l’Université car cela la concerne. »

« لا يمكن للأمن بالدخول إلى الحرم الجامعي الا باذن » « Les forces de sécurité ne peuvent entrer dans l’enceinte du campus universitaire qu’avec une autorisation. »

      On relève notamment un autre article local titrait déjà en octobre 2025 : « إفران تدق ناقوس الخطر.. الملاهي الليلية تهدد سمعة المدينة الهادئة! », évoquant des « comportements inquiétants » près de la place de la Poste, « promotion de substances interdites, consommation d’hallucinogènes et pratiques contraires à la morale », avec un « bruit nocturne qui dépasse minuit, brisant le calme de la ville ».

      Le sentiment qui domine : la perception d’une impunité liée à des étudiants issus de milieux aisés, et la peur de voir Ifrane, la « Suisse du Maroc », perdre ce qui fait son ADN : une ville pour les familles. Il faut cependant noter que d’autres commentaires défendent l’institution, rappelant les règles historiquement strictes de l’Université et que ces faits ne représentent pas les 95% d’étudiants travailleurs et boursiers.

La position officielle et intégrale de l’Université Al Akhawayn

      Face à cette polémique, nous avons sollicité M. Mhamed Chraïbi PhD, Doyen chargé des Affaires estudiantines. Voici sa réponse intégrale, telle qu’elle a été transmise au Journal : »Nous vous remercions de nous avoir sollicités et de l’occasion qui nous est ainsi donnée de répondre à vos questions. L’Université Al Akhawayn est heureuse et fière d’être implantée à Ifrane. Elle demeure particulièrement attentive au bien-être des habitants de la ville et, plus largement, de l’ensemble des citoyennes et citoyens marocains.

      S’agissant des incidents récemment survenus en ville a-t-il relevé, nous tenons d’abord à souligner que nous ne les prenons pas à la légère. Le comportement de nos étudiants, sur le campus comme en dehors, engage l’image de l’Université, et notre Code de conduite le prévoit expressément. Nos étudiants sont soumis aux lois du Royaume. Lorsqu’ils enfreignent la loi ou le règlement de l’Université en dehors du campus, ils s’exposent à des sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu’à la suspension ou l’exclusion.

      Lorsqu’une affaire relève de la justice, l’Université respecte le cours de la procédure judiciaire et la présomption d’innocence, tout en se réservant le droit de suspendre l’étudiant concerné en cas de faits graves et d’appliquer ses propres mesures disciplinaires.

      Par le passé a-t-il rappelé, chaque fois que des faits divers impliquant nos étudiants nous ont été signalés par les autorités, nous avons réagi et appliqué nos politiques relatives à la préservation de la réputation de l’Université en dehors du campus. Notre collaboration avec les autorités locales est étroite et constante : dans la plupart des cas où une action des autorités est relayée par les médias, l’Université l’a accompagnée et soutenue, et inversement. Nous nous félicitons de ces efforts conjoints avec la ville, qui visent à encourager l’engagement de nos étudiants et à préserver ce qui fait la qualité de vie d’Ifrane : celle d’une ville sûre et paisible.

      Il nous semble également important de rappeler qui sont nos étudiants a-t-il ajouté. Ils sont représentatifs de la société marocaine dans toute sa diversité : plus de 50 % d’entre eux bénéficient d’une bourse ou d’une aide financière, et 48 % sont les premiers de leur famille à accéder à l’enseignement supérieur.

      Selon Me Chraïbi ; l’Université est, par ailleurs, le premier employeur et le principal acteur économique d’Ifrane. Pour de nombreuses familles de la ville, elle constitue un véritable ascenseur social : nos collaborateurs dont les enfants ont obtenu leur diplôme d’Al Akhawayn en sont la meilleure illustration.

       Notre engagement envers Ifrane et sa région avança-t-il ; se traduit par des actions concrètes. Depuis plusieurs années, l’Université accompagne les nouveaux bacheliers de la région dans leur préparation aux concours d’accès à l’enseignement supérieur. Nous nous apprêtons également à ouvrir à Ifrane un nouveau centre communautaire, sur le modèle du Centre d’Azrou pour le Développement Communautaire. Ce dernier a permis à des centaines d’enfants déscolarisés de réintégrer le système scolaire, en les accompagnant jusqu’à l’obtention de leur baccalauréat. Il a aussi formé des personnes sans emploi, qui ont pu acquérir de nouvelles compétences, et les a accompagnées dans la création de leurs propres projets.

        Ces valeurs de solidarité sont au cœur de la formation que nous dispensons. Dans le cadre de notre Programme d’engagement communautaire, chaque étudiant de premier cycle doit accomplir au moins 60 heures de service communautaire auprès d’associations, d’organismes de développement ou d’institutions publiques pour obtenir son diplôme. Nos étudiants animent en outre plus de dix clubs humanitaires, dont certains se consacrent spécifiquement au développement de la région d’Ifrane. En une seule année, ces clubs ont touché 28 000 citoyennes et citoyens marocains, à travers des actions en faveur de l’alphabétisation, de la santé, de l’éducation en milieu rural ou encore de l’entrepreneuriat social souligna le Doyen Des Affaires estudiantines avant d’ajouter :

      Sans minimiser en rien les faits, qui concernent une poignée d’étudiants, il serait injuste de résumer notre communauté étudiante à un ou deux incidents. Ce sont ces milliers d’actions de solidarité, menées tout au long de l’année, qui reflètent le mieux ce que sont les étudiants d’Al Akhawayn.

     Pour conclure Mr Chraïbi a tenu de préciser : « Nous sommes enfin conscients des défis auxquels fait face la jeunesse d’aujourd’hui dans le monde entier, notamment ceux liés à la santé mentale de la génération Z. Plusieurs phénomènes de société, au Maroc, sont dus a cette spécificité. Ici, à l’Université, nous accompagnions nos étudiants afin qu’ils puissent développer leurs propres outils pour gérer différentes situations. Nous sommes prêts à renforcer notre collaboration avec la ville afin d’accompagner l’ensemble des jeunes Marocains sur le chemin de la réussite, et toutes les initiatives bien intentionnées allant dans ce sens sont les bienvenues ».

      Pour lui ; l’Université Al Akhawayn est née à Ifrane et grandit avec elle. Nous continuerons d’œuvrer, aux côtés des autorités et de l’ensemble des acteurs de la ville, pour qu’Ifrane demeure ce qu’elle est : Un lieu sûr, accueillant et tourné vers l’avenir.

Un destin lié

     Loin de l’image déformée par quelques vidéos virales, Al Akhawayn reste le premier employeur d’Ifrane et le principal ascenseur social pour ses familles. L’enjeu est désormais clair : sanctions exemplaires pour les fautifs, mais aussi accompagnement de cette jeunesse, comme le propose le Doyen, pour que le vivre-ensemble qui a fait la légende d’Ifrane perdure.