Imilchil, 18/08/2026 – Du 11 au 14 août, la vallée d’Imilchil, perle du Haut Atlas et terre de la légende des fiancés d’Isly et Tislit, a vibré au rythme de la 8ᵉ édition du Festival des Marocains du monde. Plus de 100 participants venus du Maroc et de 9 autres pays dont l’Espagne, la France, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, l’Allemagne, la Norvège, l’Angleterre et du Canada se sont réunis pour faire de ce territoire isolé un véritable laboratoire du développement solidaire.
Organisé par l’Association AKHIAM pour le Développement socio-économique, l’Association Solidarité Échange Nord-Sud (SENS) de Bordeaux et la Plateforme d’Appui aux initiatives solidaires des Marocains du Monde (PAIS-MdM), avec le soutien du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME) et de la Fondation Hassan II pour les MRE, ce rendez-vous annuel s’impose désormais comme un espace stratégique entre la diaspora et ses territoires d’origine.
« Dépasser les transferts d’argent » : la compétence au cœur de la mobilisation
Pour Khalid El Morabit, Chargé de Mission auprès du Président du CCME, l’enjeu de cette 8ᵉ édition était clair : consolider les liens entre les Marocains du monde et leurs régions d’origine.«La contribution des Marocains du monde va au-delà des transferts financiers et de l’investissement. Elle est faite de compétences, de réseaux, de savoir-faire et d’engagement. L’enjeu des politiques publiques est désormais de nouer des partenariats actifs avec ces ressources au bénéfice des territoires », a-t-il déclaré.
Selon lui, le CCME cherche aujourd’hui à « pérenniser ces actions ». Après 8 éditions, l’objectif est de « structurer ce travail, le rendre durable, et créer des synergies entre les acteurs associatifs aussi bien au Maroc qu’à l’étranger ».
Une vision qui s’inscrit directement dans les Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI visant à renforcer l’implication structurelle des MRE dans le processus de développement du Royaume.
SENS : des « passerelles » et un focus sur la coopération décentralisée
Lhou Marghrine, Président de SENS, a souligné le rôle charnière des MRE: « de véritables passerelles entre les territoires, les institutions et les expériences ». « Leur connaissance de plusieurs espaces peut être mise au service de coopérations concrètes, équilibrées et durables », affirme-t-il.
La nouveauté de 2026, précise-t-il, porte sur « l’économie sociale et solidaire, mais surtout sur les bailleurs de fonds et la coopération décentralisée ». Des experts de collectivités territoriales sont venus « apporter leur savoir-faire ».
Avec environ 120 participants dont une soixantaine de Marocains du monde, le festival a permis « de faire connaître les projets associatifs réalisés et surtout les dispositifs de financement afin que les MRE soient acteurs de leur village d’origine ».
Il a également tenu à saluer « les deux bailleurs qui nous accompagnent : le CCME et la Fondation Hassan II qui nous offrent les bus ».
PAIS-MdM: structurer, rendre visible et professionnaliser l’action solidaire
Lancement phare de cette édition : la consolidation de la PAIS-MdM, Plateforme d’appui aux initiatives solidaires des Marocains du monde. Selon son président Abdellatif Mortajine, la plateforme, association de droit belge créée en 2024 et basée à Bruxelles, regroupe aujourd’hui « à peu près 45 associations » au Maroc, en Europe, au Sénégal et au Canada.
« Notre seul critère d’adhésion : être dans la solidarité internationale par rapport au Maroc et faire des actions concrètes et réelles. Nous ne voulons pas d’associations qui font que de l’affichage », martèle-t-il.
Pour lui ; la PAIS-MdM poursuit 3 objectifs : Assurer la visibilité et la lisibilité de ce que font les MRE, Créer des liens plus efficaces avec les collectivités car : « beaucoup de projets manquent d’efficience parce que les collectivités locales sont absentes. Il faut que ça rentre dans les plans d’action locaux » et Permettre enfin ; l’échange d’expériences sachant bien qu’: « Une expérience menée dans un village du Souss peut être transférable dans le Rif ou l’Oriental ».
Pour cette 8ᵉ édition, la plateforme « est venue présenter la plateforme et animer des tables rondes sur l’échange d’expériences ». Il se félicite déjà de l’arrivée « d’une association italienne avec 14 jeunes » et espère que « d’autres structures suivront cet exemple ».
Quatre jours d’ateliers, de terrain et de patrimoine
Loin des discours, le festival a mis les mains dans la terre avec au programme : Des Visites de terrain notamment aux lacs Isly et Tislit qui ont servi de cadre à des débats sur l’écotourisme et la valorisation durable des ressources, à la coopérative de jus et vinaigre de pommes de Bouzmou qui a montré la vitalité du savoir-faire local.
Des Rencontres thématiques ont été programmées aussi pour débattre de l’Entrepreneuriat des jeunes, de l’économie sociale et solidaire, des mécanismes de financement, des nouvelles formes de coopération entre MRE et collectivités territoriales.
La Culture et la mémoire ont été au rendez-vous notamment et marquées par l’organisation d’une cérémonie de mariage traditionnel, d’une expositions de Naïma Slimi sur la handira et d’Abderrahmane Ouardane sur le patrimoine amazigh, et projection du film « Le Voyage de Khadija » du réalisateur Tarik El Idrissi. Autant d’occasions de questionner la transmission et le rapport aux origines chez les nouvelles générations.
Créé en 2016, le festival s’est progressivement affirmé. Avec l’accompagnement du CCME et la naissance de PAIS-MdM, il entre dans une nouvelle phase : celle de la structuration et de la capitalisation.
Au terme de ces quatre jours, un constat s’impose : Imilchil n’est plus seulement le symbole d’une légende d’amour. Elle devient le symbole d’une autre histoire ; celle d’une diaspora qui revient investir son énergie, son expertise et son cœur pour bâtir l’avenir de ses montagnes.